©-DR- ONLY LOVERS LEFT ALIVE de Jim Jarmusch (2013) p11
05/08/2015 03:42 par tellurikwaves
Mia Wasikowska
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Critique publiée par Flaw 70 le 8 août 2014
Après 5 ans d’absence, Jim Jarmusch revient au cinéma pour offrir sa vision moderne du vampire qui tranche radicalement avec les déviances récentes du mythe ( Twilight ) et redonne toutes les lettres de noblesses à ses créatures de la nuit. Il réussit clairement là ou beaucoup d'autres on échoué car il livre un récit romantique et intense sans jamais tomber dans le pathos et la guimauve adolescente. Plus que cela il a fait un film intelligent qui ne prend pas ses spectateurs pour des imbéciles grâce a de nombreuses références culturelles sur la musique, la littérature et la science, qui ce révèle même parfois exigeant pour ne pas passer à coté de l'histoire et nous livre une réflexion psychologique intéressante et pertinente.
D'ailleurs il ne fait pas que nous parler de ce couple en pleine errance mais il parle aussi du monde qui ce meurt, de la nostalgie de l'ancien temps et du manque d'imagination et d'inventivité au fils des années. Jarmusch se montre très sévère avec les hommes, les qualifiants de zombies, ils ne sont que des êtres décharnés et inintéressants qui ne savent plus vivre. Ici les vrais hommes sont les vampires, ils ne sont jamais cités en tant que tel car ils sont bien plus humain que les "zombies", ils sont les témoins de la dégénérescence du monde, de la dégradation de l'art et de la contamination de la nature qui se détraque ( les champignons qui ne sont pas à la bonne saison ) et s’empoisonnent ( l'eau acidifié de Détroit, le sang contaminé,... ).
Le film a aussi un fond biblique avec les personnages d'Adam et Ève, les premiers amants de l'histoire qui sont condamnés à errer dans un monde qui n'a plus rien à leurs offrir mais ils persistent néanmoins à s'accrocher à leur vie. Pourtant malgré son pessimisme initiale Jarmusch va néanmoins distiller l'espoir de jours meilleurs, la vie n'est ici qu'une boucle qui se répète pour l'éternité comme ces amants qui se séparent et se retrouvent au fil des siècles, comme ces vinyles qui tournent sans cesse et cette musique qui revient toujours lorsqu'on s'y attend le moins ou comme Détroit qui finira par renaître de ses cendres
Sans parler de la sœur qui revient dans la vie des amants pour distiller le chaos, chaque choses se reproduisant encore et encore comme si tout était coincé dans une boucle. Tout le principe du film se repose sur cette boucle, que ce soit la musique d'Adam conçue comme la répétition d'une même mélodie ou la mise en scène qui nous présente ces personnages avec une caméra tournoyante sur elle-même. Par ailleurs le film fait aussi preuve d'un humour et d'un cynisme bien venu qui fait toujours mouche.
Le casting est irréprochable même si certains acteurs n'ont pas beaucoup de place pour briller ( Mia Wasikowska et Anton Yelchin) tout de même très bons mais la dominance revient à un excellent John Hurt, à un Tom Hiddleston puissant et magnétique et à une Tilda Swinton renversante et charismatique. La réalisation est impeccable avec une belle photographie et une musique électrisante brillamment orchestrée tandis que la mise en scène de Jim Jarmusch se montre élégante et inspirée et fait flotter un sentiment d'hypnose et d'extase saisissant.
Only Lovers Left Alive est donc un très bon film de vampires, sans doute le meilleur de ces 10 dernières années depuis l'excellent Entretien avec un Vampire et même si il n'est pas aussi puissant que ce dernier et qu'il souffre de quelques longueurs ,du fait d’être trop renfermé sur lui- même pour être universel ou encore d’être trop sédentaire pour être un véritable chef d'oeuvre, il reste incontestablement un grand moment de cinéma. En conclusion Jim Jarmusch livre son meilleur film depuis Ghost Dog, un film qui a quelque chose à dire même s'il ne s'en donne pas l'air et qui mérite d' être vu et entendu par tout fan de vampire et de rock qui se respecte.
Critique publiée par CarolineDut le 6 avril 2014
Lorsque vous sortez de la salle de cinéma après avoir vu ce film je vous assure que vous n'êtes plus le même. Ce film nous plonge dans une ambiance incroyable, que ce soit à Tanger ou à Détroit l'univers même du film est incroyable.Les personnages sont forts et dégagent un tel charisme à chacun de leurs gestes que ça en devient hypnotisant.Les deux heures de film passe à une allure folle à mon plus grand regret, une petite demi-heure de plus n'aurait pas fait de mal, on préférerait rester dans leurs univers et n'avoir jamais à partir. Jim Jarmusch nous livre également ici une musique envoûtante qui ne me fera pas hésiter une seule seconde avant d'acheter la bande originale du film.
Critique publiée par MikaB le 26 février 2014
Un peu moins de cinq ans après un Limits Of Control qui sonnait comme un petit mais vrai premier faux pas dans la filmographie de Jim Jarmusch, la sortie de ce nouvel opus laissait quelque peu songeur. Le déclin annoncé allait-il se confirmer ou allais-je retrouver le réalisateur ayant mis en scène quelques uns de mes films préférés (Deadman, Ghost Dog,...) ?
Si le résultat n'est pas tout du long à la hauteur de ses meilleures oeuvres, il n'en est pas moins très réussi.Dès ses premiers plans tournoyants et hypnotiques, Only Lovers Left Alive m'a vampirisé pour ne plus me lâcher jusqu'à la fin du générique et même encore un peu ce soir,quelques heures après le visionnage. Jarmusch retrouve ses qualités de mise en scène, notamment sa faculté à maîtriser parfaitement la lenteur. Et il nous gratifie une fois de plus d'un sans faute musical.
Ici les vampires ne sont ni monstres assoiffés ni play-boy de bas étage. Il sont plus plutôt de tristes junkies, puits de science, de culture et à la fibre artistique très développée mais destinée à rester éternellement cachée.Et si on envie leur infinie connaissance et le fait d'avoir pu côtoyer au cours des siècles nombre des grands noms du présent et du passé, on regrettera moins l'ennui profond qui ressort de cette si longue existence.
Joliment incarnés par Tom Hiddleston et Tilda Swinton, Adam et Eve errent dans les venelles sombres de Tanger et dans un Detroit fantomatique, sorte de cimetière industriel qui leur sied si bien. Puis viendra s'y greffer le personnage d'Ava incarné par Mia Wasikowska qui, au-delà de ré-hausser quelque peu le rythme du film et d'apporter un peu de fraîcheur, vient chambouler leur morne existence, simplement en y ajoutant de la "vie".A noter également la performance du toujours parfait John Hurt en vampire à la plume aiguisée.
Là où le bât blesse un peu, c'est dans le sous-texte parfois un peu trop simpliste. Cette critique un peu trop appuyée de l'humain, ici nommé zombie à la manière d'un Bret Easton Ellis, qui s'auto-détruit sans s'en rendre compte. Mais cela n'entache au final pas vraiment cette romance décalée et le plaisir de retrouver toutes les caractéristiques typiques des films de Jim Jarmusch. Les interludes musicales, les balades noctunes en voitures où s'entremêlent les plans en fondu... Tout y est, jusqu'à frôler la caricature. Mais cette fois, il a su garder le contrôle et ne pas franchir les limites.
Eve / Tilda Swinton
La balle en bois
Il filme ces éternels amants, misanthropes, à travers des villes fantômes, tous deux nostalgiques des époques passées. Et petit à petit voient s’envoler leur idéal de vie. Bientôt, ils ne pourront plus contempler le monde et le temps passer, main dans la main. Car le monde se meurt, tout comme eux.
SENS CRITIQUE
Critique publiée par guyness le 5 mars 2014
Entrer dans un film de Jarmusch en contemplant tour à tour une Supro, une Hagstrom, une Silvertone (ampli dans le flycase !), une Gretsch modèle Chet Atkins et une vieille Gibson’'she' de 1905, constitue la plus douce des entrées en matière.
(Me sentir si viscéralement en osmose avec le réalisateur pose d’ailleurs question: soit c’est moi qui suis beaucoup plus déviant que ce que j’imagine, soit, mais c’est une solution que je réfute en bloc, Jim est bien plus sage qu’il n’y parait)
-Se mettre en grand Tanger-
-Le plus vénéneux Detroit.-
Car c’est bien la que le bât blesse un peu: d’une histoire qui pourrait prendre une dimension étourdissante, on tombe parfois dans des obsessions Jarmuschienne un peu trop évidentes. Ce sentiment d’ambivalence ne disparait jamais tout à fait, bercé par une indolence morbide pas désagréable, mais pas complètement passionnante non plus.
Mais il serait criminel avec tout ça, de passer à côté de l’essentiel. Jarmusch sait comme peu de ses coreligionnaires filmer une ville la nuit, certaines scènes sont foudroyantes de beauté rock.
Sans oublier cet humour singulier qui ne cesse de baigner chaque dialogue.
En fait, un plan, résume parfaitement le génie habituel de l’américain: un lent travelling suit les courbes titanesques de l’ancien théâtre de Détroit en ruine, avant de descendre sur ce qu’il est devenu: un parking pour voiture, l’image finale disparaissant avant d’avoir exploité complètement le pouvoir de fascination qu’il venait de faire naitre en nous.Bref. Ne chipotons pas.Ne le ratez pas pour tout un vampire.
…
allez, pour le plaisir des yeux:
http://iwillnomyourfac3.tumblr.com/post/73009001256/soariing-some-of-adams-guitars-in-only