©-DR- LA VIE DES AUTRES de Florian H. von Donnersmarck (2006) p15
13/07/2015 07:12 par tellurikwaves
Jusqu'à ce qu'il rencontre Georg Dreyman et Christa-Maria Sieland. Lui vit seul, dans un appartement immaculé aux meubles inconfortables et impersonnels ; rien ne le passionne, il n'a pas de relations amicales ou amoureuses – juste quelques rendez-vous avec une prostituée. Eux partagent un appartement plein de vie, où les livres traînent par centaines, où les plus célèbres auteurs de l'Art littéraire et théâtral allemand se retrouvent. Là où Wiesler se laisse vivre, le couple vit, profite, aime.
Evidemment, à la seconde ou Wiesler découvre le couple, il doute, soupçonne, cherche la faille dans leur apparente vie sans histoires. Installant des micros chez eux, écoutant chaque instant de leur quotidien, il découvre un monde de richesse intellectuelle et d'épanouissement dans l'art qui le déroute, entre fascination et dégoût. Puis peu à peu s'installe un attachement de Wiesler pour ses proies. Il en vient à apprécier l'écoute de leurs conversations ; découvre l'émotion procurée par une Sonate jouée au piano, et commence à deviner l'envers du décor lisse du système corrompu.
Alors, Wiesler est-il un homme bien ? Devant ce choix difficile, entre poursuite de sa carrière au sein de la Stasi ou démonstration de son humanité et mise en danger, peut-il dépasser son ancienne haine ? C'est ainsi que La Vie des Autres, loin de représenter une simple chronique de la vie quotidienne en RDA, et loin de se borner à une étude des hommes (avec leurs ambitions et leurs convictions) parmi des rouages de la Stasi, livre un éloge du courage d'une justesse et d'une force inouïe.
Non pas le courage dans toute sa splendeur, mais le courage de ceux qui, contre toute attente, dérogent à la règle et se battent dans l'ombre, sans récolter de fleurs, sans obtenir de récompense. Le courage comme geste de générosité simple.
La tragédie est en marche, chacun des protagonistes imprimant sa marque au drame impulsé par la hiérarchie policière, sans le savoir ou sans le vouloir... Le tempo assez lent et le récit plutôt linéaire ne font pas obstacle au souffle tragique de cette "petite" histoire, métaphore de la "grande" (les certitudes du policier qui se fissurent, parallèlement au régime et à la RDA elle-même)... A noter l'interprétation remarquable du regretté Ulrich Mühe, entouré d'une troupe de bons acteurs allemands.
Critique publiée par sseb22 le 24 mai 2011
Berlin Est, 1984.
Georg Dreyman est dramaturge et vit avec son actrice principale, Crista-Maria. Officiellement, Georg est fidèle au Parti mais le ministre de la culture le fait quand même surveiller par la Stasi. Il le demande au lieutenant-colonel Grubitz (joué par Ulrich Tukur qui, dans ce film, est le sosie de Bernard Farcy dans Taxi :o) de la Stasi qui charge le capitaine Wiesler de s'en occuper. Évidemment, rien ne se déroulera comme prévu et Florian Henckel von Donnersmarck fera de nous les spectateurs impuissants d'une histoire d'amour entachée de tromperie et d'une relation ambigüe et discrète se nouant entre deux hommes que tout sépare a priori.
La première chose que l'on sent, c'est le travail de reconstitution des lieux et de l'époque. Les décors, les voitures, les bâtiments sont fidèles à ce que l'on imagine et je n'ai pas été étonné de lire que le réalisateur s'est documenté pendant 4 ans pour préparer son film. Il a discuté avec des anciens membres de la Stasi et fait appel à ses propres souvenirs. Mais, malgré tout, il a tenu à faire une fiction car, selon le directeur du mémorial de l'ancienne prison Stasi, aucun cas décrit dans le film n'a jamais été enregistré et c'est pour ça qu'il a refusé de prêter les locaux de la véritable prison pour le tournage.
Et, effectivement, c'est le seul reproche que j'aurais à faire à ce film. A posteriori, on ne peut que se dire que le cœur de l'histoire, LE retournement de situation du film, aurait été impossible ou presque en réalité. Pourtant, plongé dedans, le rythme, le scénario et les jeux d'acteurs font que ça passe assez bien. Les acteurs jouent avec finesse et retenue et le film est tout en nuances et sous-entendus. Le revers de la médaille est qu'on ne comprend pas bien pourquoi Wiesler fait ce qu'il fait.
Mais ce n'est rien face aux qualités du film. Les personnages, ambigus et secrets, sont campés de fort belle manière par des acteurs et actrices jouant avec justesse. Il y a des scènes bouleversantes, notamment celle du bar.SPOILER (supprimé)Et pour terminer en beauté, la fin est assez magistrale, mêlant frustration au début puis une vraie scène finale qui allie finesse,discrétion et intensité émotionnelle.
Ulrich Muhe
Le parcours dans 'La Vie des autres' est le même, mais du point de vue d'un Javert, bourreau de la justice des hommes, qui découvrirait également une justice supérieure.D'autres points clés du chef d'œuvre hugolien se retrouvent dans ce film (le dilemme de la dénonciation. La rencontre avec un enfant, qui pose le premier pas sur la voie du Bien, ...) magistralement interprété. Les acteurs sont crédibles, réalistes, tout en nuances, poignants d'humanité avec leur cruauté, leur lâcheté, leur douleur, leur espoir, sans jamais tomber dans l'emphase, dans le manichéisme, dans le 'misérabilisme' justement.
Mention toute spéciale au personnage principal, chevalier inhumain et cuirassé au service de l'Ordre, dont on voit peu à peu l'armure se fissurer, dont on suit fasciné les hésitations, les doutes, les questionnements silencieux, les choix modifiés au moment ultime ; il est joué par Ulrich Mühe avec beaucoup de finesse. J'ajouterai à cet éloge que la fin du film est marquante, toute de simplicité et de sublime .Le film mérite amplement, c'est suffisamment rare pour être mentionné, les récompenses qu'il a reçus.
Sébastian Koch & Martina Gedeck
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Critique publiée par Impétueux le 16 novembre 2012 (modifiée le 30 mars 2014)
Dans la salle où j’ai vu le film, hier, quatre mois après sa sortie sur les écrans, sans battage aux divers journaux télévisés, sans émission spéciale à lui consacrer, il n’y avait guère que des gens qui ne forment pas le gros des files qui s’accumulent devant les blockbusters, du type Spider-Man 3 ou Pirates des Caraïbes 3 ; ce n’était pas non plus un public de cinéphiles boutonneux, soixante-huitards attardés (pour ce que je peux en apercevoir à la devanture des cinémas du Quartier Latin, autour de la Sorbonne).
Il y avait de VRAIES gens (comme ma femme et moi, et comme on dit dans les tracts de ce qui reste du Parti Communiste Français) attirés là par une sorte de bouche-à-oreille qui a fait que "La vie des autres" a attiré des spectateurs au fur et à mesure qu’elle s’imposait comme une œuvre étrange, intelligente, novatrice.Sur un des plus grands drames du XXème siècle, en Occident. Et ce drame n’est pas, à mes yeux, le totalitarisme qui a existé de tous temps et toutes époques, sous des oripeaux divers : le drame, c’est la disparition, l’absence désormais évidente de toute espérance, de toute conviction.
A l’extrême fin du film, au théâtre, lorsque Dreyman(Sebastian Koch) sort de la salle, ne pouvant plus supporter le rappel du passé, le contraste de la scène telle que la jouait Christa-Maria (Martina Gedeck)* et telle qu’elle est désormais interprétée, plus anonymement, et plus globalement, si j’ose dire (au sens où la mondialisation est globale), par une actrice noire, il rencontre l’ancien ministre Hempf (Thomas Thieme), le type immonde et veule qui couchait, lui aussi, avec Christa-Maria, et qui, lui non plus n’a pu supporter ce rappel trop fort du passé.
Et ce type, immonde du début à la fin, veule, répugnant, lui dit à peu près : " On n’était pas bien, dans notre petite République ? Aujourd’hui, il n’y a plus rien à défendre, plus de combat à mener. Est-ce qu’on a gagné au change ?…."
Naturellement, c’est inadmissible et goguenard…. Et pourtant… cela m’a fait penser aux dernières paroles du Maréchal Akhromeev, un des plus hauts dignitaires de l’Armée Rouge, qui s’est suicidé en août 1991, après l’échec du putsch ridicule et ultime, mis en fuite par ce vieil ivrogne d’Eltsine : "Tout ce à quoi j’ai consacré ma vie s’écroule aujourd’hui". Le totalitarisme n’est pas seulement affreux pour ceux qu’il opprime, mais aussi pour ceux qui le servent avec ferveur et conviction…