©-DR-LOS OLVIDADOS de Luis Bunuel (1950) p16
06/05/2015 10:05 par tellurikwaves
Critique publiée par Impétueux le 12 novembre 2012 (modifiée le 14 janvier 2014)
Je classe très haut ce film difficile, prenant, dur à vivre, dans l’échelle de mes valeurs.Ce que je trouve admirable, aussi, c’est que le regard de Bunuel n’est jamais lâche, mais non plus jamais accablant : il n’y a pas de prolétariat d’immaculée conception, mais il n’y a pas non plus de regard indigné sur la sauvagerie, la méchanceté, la veulerie des personnages.Pour autant, il serait bien hasardeux de voir là un regard marxiste, une défense et illustration de la lutte de classes, au travers d’une dénonciation des conditions de vie immondes de ces rues de Mexico : il y a un regard douloureux et lucide sur la nature humaine, sans condamnation et sans aveuglement.
Un des mes amis, prêtre, trouvait à Bunuel des accents chrétiens, malgré son anticléricalisme déclaré, son goût de la profanation et du sacrilège, sa manière très violente dedénoncer certains états de fait : je ne suis pas sûr qu’il n’y ait pas de ça : la terriblement pauvre Humanité n’est pas condamnée ; je retrouve à ce propos une assez forte phrased’un évêque de Rennes : "La conscience éclairée par l’Évangile a le droit de juger des comportements, mais non de condamner des personnes. Juger les comportements, c’est se conduire en homme. Mais juger les personnes, c’est se prendre pour Dieu".Il me semble que Bunuel ne juge pas les personnes…
L'article sur son site : http://www.impetueux.com/?p=942
SENS CRITIQUE
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Critique publiée par kahodie le 4 janvier 2013
Luis Bunuel nous emmène dans le Mexico des années 50. Dès le départ, il informe "qu'aucun des personnages n'est fictif" et que l'histoire est basée sur des faits réels. Plus proche de la réalité que de la fiction, ce film marque d'autant plus les esprits. Il traite de la vie d'une bande de gamins miséreux dont les aventures ne laissent place à aucune sorte d'espoir.
Les protagonistes semblent être en proie à la fatalité et ne peuvent échapper au déterminisme. Mais "Los olvidados" n'est pas seulement poignant, juste et intéressant ; c'est aussi une oeuvre cinématographique remarquable. Les plans, l'atmosphère, les acteurs : tout se combine parfaitement. Si ici Bunuel s'éloigne un peu du surréalisme, on retrouve ses talents oniriques dans une scène de rêve qui ne pourrait mieux décrire les sensations et sentiments infantiles. Sans aucun doute l'un des meilleurs films que j'ai eu l'occasion de voir.
J'ai particulièrement apprécié le début qui "généralise" la violence du film, il nous prévient donc en tant que spectateur que ce n'est pas qu'ailleurs.Des enfants errants livrés à eux même, il y en a encore aux quatre coins du monde.Les raccords sont judicieux, je pense par exemple au raccord Von Bolvary. Mais il n'y a pas que ça, dans ce film il y a aussi de très beaux contrastes et des ombres intéressantes. Le film est très esthétique mais ce n'est pas juste pour "être classe!", ça sert réellement au scénario!
Bref, Los Olvidados est pour moi un chef-d'oeuvre du cinéma, et j'ai rarement vu des films, qui permettent de montrer des faits sociaux si durs en nous indiquant dès le début "qu'aucun des personnages n'est fictif" et que cette violence existe partout dans le monde. Tout cela sans se placer en moralisateur. Un film a voir dans sa vie au moins une fois.