©-DR-COLLISION de Paul Haggis (2004) p10
11/03/2015 04:55 par tellurikwaves
Don Cheadle : Graham (Inspecteur)
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au centre (le plaignant) Bahar Soumekh
de gauche à droite :Larenz Tate & Ludacris
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SENS CRITIQUE
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Critique publiée par Angelus le 25 février 2014
Basé sur une expérience personnelle de son auteur et réalisateur Paul Haggis —à qui on doit le magnifique scénario de Million Dollar Baby réalisé par Eastwood—, "Crash" nous propose de découvrir les destins croisés de divers personnages aux parcours très différents.Le film invite à l'introspection humaine selon deux angles de réflexion. Le premier consiste à prendre la mesure de nos actes envers autrui: comment ces crashs/collisions de vies humaines, aussi bref soient-ils, aussi insignifiants soient-ils en apparence, vont avoir un impact sur ceux qui l'ont vécu et dans quelles proportions. Le second s'oriente vers la complexité de ce qu'est un être humain et invite à tempérer les jugements souvent très radicaux que les individus se portent les uns envers les autres. À cet égard, la question du racisme dans la société cosmopolite américaine d'une grande ville comme Los Angeles sert de fil rouge au film.
Si le film est un quasi conte philosophique, Haggis ne cherche à aucun moment à être juge de quoique ce soit ; il se contente de dépeindre fidèlement —et crument parfois— des situations réelles vécues par des millions de gens. La force du propos réside dans l'universalité des situations choisies (elles se passent à L.A. mais pourraient aussi bien avoir lieu à Londres, à Paris ou dans n'importe quelle petite ville de province de moins de 3000 habitants) et dans leur authenticité: ainsi, nul besoin pour Haggis d'aller au-delà du récit neutre de l'observateur indiscret ; chaque situation parle d'elle-même et avec suffisamment de pertinence pour que le spectateur se fasse sa propre opinion.
Une opinion au départ qui est forcément radicale, passionnée, puis qui tend à se nuancer au fil des rencontres péripéties que vivent chaque personnage, au point où pour la plupart d'entre eux, il devient difficile voire impossible de continuer d'avoir une perception aussi tranchée de qui ils sont. Le flic blanc et raciste n'est-il qu'un salaud? Le caïd black n'est-il qu'un vulgaire délinquant? Le procureur blanc très populaire à la grande réussite professionnelle a-t-il véritablement réussi sa vie et est-il moralement si irréprochable? Le petit commerçant perse immigré n'est-il qu'amertume et vengeance ou victime de désespoir?
La morale du film est en fait une diatribe envers les préjugés sous toutes leurs formes, des préjugés qui empêchent de faire l'effort d'aller vers les autres, de chercher à les comprendre, des préjugés qui blessent, des préjugés qui entraînent la violence et la discrimination et inversement… Sans excuser les fautes aussi graves soient-elles, le film fait prendre conscience (pour ceux qui n'en seraient pas déjà convaincus) qu'il faut en comprendre les raisons pour que cela ne se reproduise pas. D'autre part, au travers de ces situations et de ces personnages, Haggis pousse le spectateur à s'interroger sur lui-même ; un pari on ne peut plus risqué de l'auteur car le spectateur risque de ne pas aimer ce qu'il pourrait découvrir de lui-même, le film encourant la responsabilité de cela…
Si le fond est un magnifique appel à la raison, la forme du film est toute aussi brillante! La réalisation est impeccable, la photographie est très soignée, le montage efficace ; le moins qu'on puisse dire, c'est que pour un film tourné en une trentaine de jours seulement, l'ensemble est juste parfait, beau, cohérent, sans excès, sans manque! Bien entendu, le casting, très fourni, n'est pas en reste, les comédiens jouant très justes et avec l'authenticité nécessaire pour s'accorder parfaitement à l'intention scénaristique du réalisateur. Ce sentiment est renforcé par le traitement absolument égal de chaque personnage et de chaque péripétie de chaque personnage tant par le réalisateur que par les comédiens (on sent très bien, à cet effet, qu'aucun comédien n'a cherché un seul instant à se démarquer d'aucune façon ; c'était le projet avant l'égo et c'est particulièrement appréciable).
Bref, peu à dire tant techniquement et artistiquement, le sujet est maîtrisé de façon irréprochable.Il est des films où il est finalement difficile d'en parler avec justesse, non seulement parce qu'ils sont parfaits en tous points mais aussi et surtout car ce sont davantage des films à vivre qu'à commenter. "Crash" est l'un d'eux, percutant et dérangeant. Percutant car le film cherche à réveiller les consciences sur des questions que beaucoup préfèrent esquiver lâchement. Dérangeant car il appelle le spectateur à s'interroger sur lui-même: suis-je vraiment qui je crois et prétends être? "Crash" est une audace intellectuelle que Haggis a le courage de mettre en scène!
Un film si simple, si riche et si impertinent qu'il donne toutes ses lettres de noblesse et toute sa raison d'être au cinéma. Un film que tout réalisateur devrait rêver d'avoir fait. Un film qui doit donner envie à tout cinéphile de prendre une caméra. Un Chef d'Œuvre incontestable!
Thandie Newton
Terrence Howard,Matt Dillon,Ryan Phillippe,Thandie Newton
Michael Pena
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SENS CRITIQUE
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Sandra Bullock dans un rôle ingrat
Nona Gaye & Brendan Fraser
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IMAGESETMOTS
la critique de Bernard Sellier
24 Heures dans la vie de quelques habitants de Los Angeles. Rick Cabot (Brendan Fraser), Procureur, et sa femme Jean (Sandra Bullock), se font voler leur véhicule par deux jeunes Noirs armés. Un officier de police, William Lewis est abattu,apparemment en état de légitime défense,par un collègue,Conklin (Martin Norseman). John Ryan (Matt Dillon),un flic raciste, se plaît à humilier un couple noir, Cameron (Terrence Howard) et Christine Thayer (Thandie Newton), qu'il arrête sans raison. Son coéquipier, Tom Hansen (RyanPhillippe), écoeuré, demande à son supérieur un changement d'affectation...
La construction scénaristique sous forme de pièces de puzzle, livrées partielles et brutes, en ordre dispersé, puis progressivement repositionnées à leur place, semble faire de plus en plus d'adeptes. Pour sa première grande oeuvre cinématographique en tant que réalisateur, Paul Haggis n'a pas choisi la facilité. Tout au moins sur le plan du découpage narratif. Il faut dire que ses qualités en tant que scénariste (surtout pour la télévision) lui permettaient de labourer en terrain bien connu.
Encensé par nombre de critiques et récompensé à maintes reprises, le film laisse pourtant perplexe. Construit à la manière des récits éclatés façon "11h14", dont Alejandro González Iñárritu s'est fait le chantre ("Amours chiennes", "Babel", & "21 Grammes"), le scénario présent se démarque assez nettement de ses prédécesseurs. Alors que le mexicain bâtit son histoire un peu à la manière d'une pyramide, en commençant par des blocs épars pris sur la base, pour concentrer petit à petit la dramaturgie sur le point focal du sommet-dénouement, Paul Haggis donne à sa narration une forme beaucoup plus lâche, laissant en suspens certains fragments.
Certes, les personnages ont des points de contact : parfois frôlements, parfois heurts violents. Mais le tissu qui semble, par moments, se tricoter de manière serrée, laisse apparaître un jour dans les minutes qui suivent. C'est sans conteste une qualité : il n'y a pas réellement une focalisation de tous les événements sur un regroupement final, comme l'opère par exemple "11h14", de manière malicieuse, mais assez primaire et artificielle. C'est aussi un inconvénient : en voyant les interconnections se distendre régulièrement, d'une part le spectateur perd ponctuellement le fil conducteur, ce qui minimise l'impact dramatique, et, d'autre part, en multipliant le nombre de protagonistes, une dilution psychologique s'opère.
C'est ainsi que certaines individualités prennent davantage l'aspect d'archétypes simplistes (le flic raciste, les jeunes Blacks rebelles) plutôt que celui d'êtres humains charnels et souffrants. Heureusement, cette impression est démentie par plusieurs exemples. Sans pathos, sans tomber dans de spectaculaires effets tragiques, l'histoire recèle des moments magiques, au premier rang desquels se situe l'agression du serrurier par son client Irakien. Sans mésestimer la remarquable construction de l'oeuvre, il est également possible de se poser la question de son but. Celui-ci ne semble pas évident. Vers quel objectif Paul Haggis a-t-il voulu diriger sa création ? Est-ce une dissection du tissu karmique, avec ses actions et réactions ?
Est-ce un pamphlet social ? Sont abordés, en effet, mais la plupart du temps très anecdotiquement, les problèmes du racisme, des défauts de la couverture sociale, des assurances, de l'insécurité, de la corruption... Est-ce une approche de l'initiation individuelle, de la prise de conscience générée par les souffrances vécues ? C'est à la fois un peu de tout cela. En l'occurrence, il est permis de regretter le "un peu", car la dispersion des approches et des thématiques nuit en partie à l'humanité spontanée qui clôt ce tableau, à la fois terrifiant et porteur d'espoir.
Collision (Crash)
La réception critique du film a été plutôt positive, obtenant 75% d'avis favorables sur le site Rotten Tomatoes, pour 199 critiques et une note moyenne de 7,1/10[1] et un score de 69/100 sur le site Metacritic, pour 36 critiques[2].
. La revue Positif évoque un film qui met « en cause les idées reçues d'une société où une attitude antiraciste peut cacher une manipulation politique ». Le Figaroscope y voit un film « de l'Amérique post-11 septembre ». Rolling Stone qualifie pour sa part de « film puissant, complexe et indispensable ».