©-DR-CAMILLE CLAUDEL de Bruno Nuyten (1988) p7
24/01/2015 16:22 par tellurikwaves
La lettre de Gérard Depardieu à Isabelle Adjani
Enivré par son personnage, désoeuvré et attristé par la fin du tournage, l’acteur français adressait cette lettre d’hommage à sa sublime partenaire de scène.
Ma chère Isabelle,
J’ai rasé ma barbe ce matin. Maintenant, il faut que je maigrisse. Tu vois, Rodin s’éloigne… Au sens propre, je me désincarne. Je me sens vide, vidé. Dans cet état de désoeuvrement, d’entre-deux rôles, je risque tout.Je m’accroche à l’idée de perdre du poids, d’être prêt pour le prochain film. Rodin s’est défendu piedà pied, pendant plusieurs jours, avant de vaciller sur son socle. Je vacille…Comme ces chevaliers du Moyen Âge roulant sous la table le soir d’un tournoi, j’ai besoin d’une ripaille flamboyante,d’une cuite salvatrice. Il me faut cette violence, cette déflagration Je m’éclate, je m’émiette. Oui, c’est le mot, je m’émiette.
Toi, Isabelle, tu es une guerrière, toujours en éveil, prête à recevoir l’ennemi. Tu as régné sur le tournage de Camille Claudel. Tu portais depuis longtemps ce film en toi. Je tournais encore Sous le soleil de Satan quand tu es venue m’en parler pour la première fois. Tu es entrée sans prévenir dans cette petite auberge d’un autre temps. Il émanait de toi quelque chose de surnaturel, d’impalpable,une sorte d’énergie spirituelle. On devinait en toi une énergie farouche, indomptable, presque anthropophage ! Tu étais venue derrière tes grandes lunettes noires me proposer d’être Rodin. À ce moment, le compteur de la ville de Montreuil a explosé !
Nous avons continué notre conversation à la bougie. C’était une rencontre magique. Notre deuxième rencontre. J’ai envie d’avoir ta force, Isabelle, de te ressembler, si forte malgré tes attaches fines. Tu es une femme préhistorique, riche de ses grands instincts quand l’homme amputé, coupé de son animalité est un bipède moribond, malade de l’humanité. Si Rodin a pu vivre, sculpter, c’est en s’alimentant des forces vives de Camille ne lui laissant en partage de leur passion que la folie, un amour épuisé.Tu vois, Isabelle, j’ai rasé ma barbe ce matin, et j’ai du mal à m’en remettre.
Critique de P. VERMEIRSCH sur CINEBEL
Le film de Camille Claudel réalisé par Bruno Nuytten en 1988, avec ISABELLE ADJANI et GERARD DEPARDIEU, raconte l’histoire de toute la vie de l’artiste jusqu’à son internement. Le film au presque même nom, CAMILLE CLAUDEL 1915, de BRUNO DUMONT sorti en JANVIER 2014 sur les écrans belges, avec JULITTE BINOCHE dans le rôle principal, raconte seulement mais de manière strictement complémentaire le malheureux internement de l’artiste. Internement qui durera 33 ans.
Si CAMILLE CLAUDEL et sa vie ont été passionnantes les deux films ne dégagent pas ce sentiment. Ce sont deux films à la limite du documentaire autobiographique. Mais l’important n’est pas là. L’essentiel est dans le sentiment de révolte que dégagent les deux films. Un sentiment de révolte à plusieurs titres. Comment une mère peut-elle arriver à détester sa fille au point de la haïr durant la vie de son père (que CAMILLE avait déçu mais qui malgré tout l’aimait profondément et la soutenait dans le difficile choix que d’être une artiste) et de tout faire pour l’enfermer dans un asile à la mort du papa de CAMILLE (seulement une semaine plus tard) ?
S’il semble vrai que CAMILLE CLAUDEL souffrait d’une certaine démence cette dernière ne représentait pas une pathologie lourde justifiant un internement. Bien au contraire le médecin même de l’hôpital psychiatrique avait recommandé à la mère de CAMILLE un retour à la maison et ce même dans un but thérapeutique. PAUL CLAUDEL et CAMILLE étaient du temps de leur jeunesse fort proches. Même très proches. Seulement le temps et la carrière de « MONSIEUR LE DIPLOMATE » vont les éloigner peu à peu. « MONSIEUR LE DIPLOMATE » aura bien d’autres chats à fouetter que de s’occuper de sa sœur : il voyagera beaucoup et deviendra l’écrivain que l’on connait.
En 33 ans d’internement de CAMILLE CLAUDEL il n’aura le temps que la visiter, courtement, que 15 petites fois. Chaque visite était courte et parsemée de leçons de morale : fait pas ci, fait çà etc….PAUL CLAUDEL n’aura jamais eu la présence d’esprit de faire sortir CAMILLE de son internement après la mort de leur mère. Pendant la deuxième guerre mondiale les hôpitaux avaient des difficultés à nourrir leurs pensionnaires. Ici non plus pas le moindre geste de la part de son frère. CAMILLE terminera même par mourir non pas de vieillesse ou de maladie mais de faim.
Son frère ne viendra même pas à ses obsèques et la laissera être enterrée dans la fosse des indigents de l’asile. Si PAUL CLAUDEL a été un grand écrivain il aura été surtout un pauvre type, un bien piètre frère et surtout pas un homme. CAMILLE CLAUDEL 1915 a été projeté très peu de temps dans l’ensemble des salles francophones. Bien plus longtemps dans les salles flamandes.Les francophones n’auraient-ils rien à cirer de CAMILLECLAUDEL??
INTERNENETTES
Camille Claudel a beaucoup créé… mais beaucoup détruit. On la retrouve un jour de crise dans son atelier, une masse à la main, au milieu des débris de ses œuvres… Son fondeur, également son ami, réussi à rassembler quelques morceaux qu'il fera fondre, mais de nombreuses œuvres sont en miettes… Elle est inguérissable, et après la mort de son père, elle est internée. Mais même à l'asile, elle n'est pas tranquille : on raconte qu'elle ne mangeait que des patates bouillies avec leur peau et des œufs durs ayant encore leur coquille quand on les lui apportait, par peur d'être empoisonnée… Elle meurt internée et dans une grande solitude.
Aujourd'hui, seule une centaine d'œuvres sont connues. Beaucoup ont été détruites par Camille, d'autres ont disparu… Le Musée Rodin en possède une douzaine, une petite dizaine de musée en ont chacun une, voire deux, et Reine-Marie en a repéré une cinquantaine dans différentes collections privées. Elle a même découvert des plâtres qui n'ont pas été fondus et qui permettrait de réaliser quelques originaux posthumes… Le rêve de Reine-Marie : regrouper toutes ces œuvres pour fonder un musée Camille Claudel qui rendrait hommage au talent de sa grande tante. C'est déjà elle qui a été à l'initiative du film Camille Claudel, assez fidèle, sauf pour les dialogues inventés, afin de faire connaître Camille Claudel au public… Mission réussie !
LE LUCERNAIRE
http://www.lucernaire.fr/beta1/files/Dossier%20p%C3%A9dagogique%20CCCamille.pdf
Camille Claudel et le Cinéma
Camille a 20 ans lorsqu'elle rencontre Rodin âgé de 44 ans. S'ils se fréquentent pendant quinze ans, il est étonnant de constater que la passion heureuse ne durera réellement que quelques années et qu'elle sera violente et féconde pour les deux artistes. Une gémellité spirituelle les fait se retrouver dans une même passion pour la sculpture. La fusion dans l'art et dans la passion amoureuse leur inspire des oeuvres qui se ressemblent. Camille est aussi soeur de Paul Claudel. Une complicité les lie depuis le plus jeune âge, même si Camille exerce sur son frère «un ascendant cruel». A l'audace de Camille, Paul oppose une conversion religieuse
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Depuis le début des années 80, Isabelle Adjani s'investissait dans la préparation d'un film sur Camille et en 1985, la famille Claudel annonce dans un communiqué qu'elle « a cédé à Isabelle Adjani tous les droits nécessaires pour un film sur la vie du sculpteur Camille Claudel. » Décision motivée par « l'originalité du talent de cette comédienne, qui l'apparente à son modèle. »
Inspiratrice et coproductrice du projet, elle confie la réalisation à son ancien compagnon, BrunoNuytten, père de son fils Barnabé. Il est considéré à l'époque comme l'un des meilleurs chefs opérateur français : "Sa raison d'être, c'était l'ombre. À partir de l'ombre, il faisait exister la lumière.Il m'avait dit que jamais il ne passerait à la mise en scène. [...] Je lui ai dit que j'aimerais me servir du corps de Camille Claudel pour pouvoir incarner mon propre désarroi, mon cri. Il m'a entendue."L'ouvrage de Reine-Marie Paris, Camille Claudel, servit de base au scénario et la petite nièce de Camille suivit de près l'élaboration du film, comme conseillère.
Cependant, Bruno Nuytten prit quelques libertés avec l'histoire comme pour mieux s'approcher du « mystère Camille ». Le film met l'accent sur la relation tumultueuse et passionnée entre Camille Claudel et Auguste Rodin, sur leur fascination réciproque qui s'accomplit et se détruit à travers leurs créations respectives puis les années de lutte, de solitude, de désespoir, de misère qui s'en suivirent jusqu'au moment où Camille Claudel est conduite de force à l'hospice pour y être internée.
Le film sort en salle en 1988 et est couronné d'un véritable succès. Isabelle Adjani y incarne une époustouflante Camille Claudel. Au-delà d'une extraordinaire ressemblance physique, elle parvient à montrer une fougue, une ferveur, une violence et une grâce toute en nuance et en complexité. Elle décroche le César de la meilleure actrice et offre une revanche posthume à l'artiste au destin brisé.Le film contribua à faire connaître la vie et l'oeuvre de Camille Claudel.
Autour du film
-Projet voulu et initié par Isabelle Adjani, le film contribua à faire connaître l'œuvre de Camille Claudel. Plusieurs biographies avaient été écrites sur la sculptrice, mais le film s'appuie principalement sur le livre écrit par sa petite-nièce Reine-Marie Paris, petite-fille de Paul Claudel.
-Alain Cuny, qui interprète le rôle du père de Paul et Camille Claudel, a interprété de nombreuses fois au théâtre les oeuvres de Paul Claudel.
Résumé
Camille Claudel voue ses jours et ses nuits à sa passion, la sculpture. Soutenue par son père et son frère Paul, elle rêve d'entrer dans l'atelier du grand maître Auguste Rodin. Après lui avoir démontré son talent et sa détermination à travailler avec lui, elle est engagée comme apprentie avec son amie Jessie. Camille tombe rapidement éperdument amoureuse du maître. Elle devient sa maîtresse et son égérie…
Lien vers la fiche complete IMDb
| Nominated BAFTA Film Award |
Best Foreign Language Film Luc Besson François Ruggieri France.
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| Won César |
Best Actor (Meilleur acteur) Christopher Lambert |
| Best Production Design (Meilleurs décors) Alexandre Trauner |
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| Best Sound (Meilleur son) Gérard Lamps Luc Perini Harrik Maury Harald Maury |
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| Nominated César |
Best Film (Meilleur film) Luc Besson |
| Best Actress (Meilleure actrice) Isabelle Adjani |
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| Best Supporting Actor (Meilleur acteur dans un second rôle) Jean-Hugues Anglade |
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| Best Supporting Actor (Meilleur acteur dans un second rôle) Michel Galabru |
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| Best Supporting Actor (Meilleur acteur dans un second rôle) Jean-Pierre Bacri |
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| Best Director (Meilleur réalisateur) Luc Besson |
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| Best Music (Meilleure musique) Eric Serra |
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| Best Cinematography (Meilleure photographie) Carlo Varini |
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| Best Editing (Meilleur montage) Sophie Schmit |
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| Best Poster (Meilleure affiche) |
| Nominated International Fantasy Film Award |
Best Film Luc Besson |
Avec la corbeille :Richard Bohringer
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Trivia
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