©-DR-LA BELLE ET LA BĘTE de Jean Cocteau (1946) p35

22/12/2014 05:48 par tellurikwaves

  • ©-DR-LA BELLE ET LA BĘTE de Jean Cocteau (1946) p35

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    22/12/2014 05:48 par tellurikwaves

©-DR-LA BELLE ET LA BĘTE de Jean Cocteau (1946) p34

22/12/2014 05:43 par tellurikwaves

  • ©-DR-LA BELLE ET LA BĘTE de Jean Cocteau (1946) p34

    ©-DR-LA BELLE ET LA BĘTE de Jean Cocteau (1946) p34

    22/12/2014 05:43 par tellurikwaves

 

AILE OUEST par Angélique

« Raray est à chaque fois une découverte. Aldo en tombe à la renverse »

Le journal du Film La Belle et la Bête ­- Jean Cocteau

 Le château de Raray est aujourd’hui plus connu pour ses décors apparaissant dans le chef d’oeuvre de Jean Cocteau La Belle et la Bête que pour son golf et c’est tant mieux.

 

COCTEAU ET LE CHATEAU DE RARAY

 Petit historique, rapide, du château de Raray : Construit au XIII siècle, des dizaines de propriétaires, déconstruit et aménagé sans cesse, Louis XIV (mon petit chouchou) érige la terre de Raray en marquisat et les people de l’époque y séjournent. En 1924, les façades, toitures, tourelles et les éléments architecturaux du parc sont classés aux monuments historiques. En 1883 les faux plafonds du XVII les y rejoignent.Mais ce qui nous intéresse nous ici c’est ce qui se passe dans le parc du château en 1945 :

 Le parc de Raray est merveilleux au sens propre, entouré de haies cynégétiques (apparemment des haies dans lesquelles on cacherait de la nourriture pour le gibier de chasse – histoire de le remplumer – aujourd’hui naturel pour améliorer la biodiversité mais à l’époque en pierre. Je dis ça au cas où, comme moi, vous ne connaissiez pas le mot. Faîtes pas genre) sur lesquelles reposaient Diane, déesse de la chasse, ça tombe bien, entourée de cerf et de chiens, au nombre de 44.

La porte de Diane est aussi appelée la porte rouge, vous devinerez aisément pourquoi. On y retrouve aussi Baccus, Apollon et toute la troupe. Et surtout, une licorne !Les haies de Raray sont uniques en France (et dans le monde). Elles dateraient de la renaissance italienne, aux alentours de 1594. Pourquoi je vous parle de tout ça ? Parce que c’est elles que vous verrez dans le chef d’oeuvre coctalien.

 Ce n’est effectivement pas le château qui enchantera le poète, mais bel et bien le parc et ces fameuses haies qu’on croirait tout droit sorties d’une gravure de Gustave Doré dont Cocteau s’inspire pour son film.. Dans les fameuses haies, vous pouvez apercevoir des « niches » qui abritent des bustes d’empereurs romains, bustes qui rappellent la statue de Diane animée dans la « salle du trésor » de la Bête, où mêmes ces fameuses mains qui sortent des murs (l’idée aurait été piqué au château de Chantilly).

 Cocteau adapte très librement la version du conte de Madame Leprince de Beaumont et y ajoute la mythologie de la chasse, afin de rappeler l’animalité et la violence de La Bête. Il est de ce fait, beaucoup aidé par son décor.En bref, un cadre idyllique pour Alekan, directeur de la photographie du film, et Cocteau. Le château quant à lui, même s’il n’est pas utilisé dans le film est gravé d’angelots et … de roses !

©-DR-LA BELLE ET LA BĘTE de Jean Cocteau (1946) p33

22/12/2014 05:37 par tellurikwaves

  • ©-DR-LA BELLE ET LA BĘTE de Jean Cocteau (1946) p33

    ©-DR-LA BELLE ET LA BĘTE de Jean Cocteau (1946) p33

    22/12/2014 05:37 par tellurikwaves

Bien avant Startrek :

La téléportation avec un gant magique

©-DR-LA BELLE ET LA BĘTE de Jean Cocteau (1946) p32

22/12/2014 05:29 par tellurikwaves

  • ©-DR-LA BELLE ET LA BĘTE de Jean Cocteau (1946) p32

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    22/12/2014 05:29 par tellurikwaves

 

Critique publiée par Carlit0 le 2 mars 2012

La Belle et la Bête ou la découverte de l'univers de M. Jean Cocteau dans mon cas est un véritable moment de féérie où l'amour du cinéma vient se mélanger à un conte cruel et beau, une histoire d'amour théâtrale et des décors ahurissants de charme et d'ingéniosité. Et si le film a certains défauts, il faut l'admettre, il encourage le cinéphile que j'espère être à continuer le voyage dans cet univers tout à fait différent, il me semble.

 Que dire sinon que les histoires de mon enfance refont surface, ces moments où le soir je lisais une histoire et les sentiments qui vont avec : la peur, la joie, le suspense, l'incompréhension... Tout est concentré dans un film d'un peu moins de deux heures qui malgré des effets spéciaux forcément vieillissants convainc encore de la réalité de la Bête. Car c'est de cela qu'il s'agit : faire réagir l'enfant enfouit profondément dans l'adulte que nous sommes en le mettant toutefois en garde, il faut vouloir y croire pour se laisser emporter dans ce monde où la magie est belle et bien là, palpable et acceptable.

 Bien que très enfantin le film ne part jamais dans la niaiserie, bien au contraire. Face au sort tragique de la Bête, dont on ne connait pas le passé, force est de constater qu'elle est attachante. Toujours ambigüe, le personnage joué par un Jean Marais tout ce qu'il y a de plus théâtral et pourtant parfait dans le rôle est attachant et effrayant à la fois, les paillettes nous apparaissent comme preuve de sa bonne volonté et pourtant ses victimes nous mettent en garde : que va-t-il arriver à la Belle ?

 Une histoire d'amour pas comme les autres et parfois même plus crédible que la plupart des films français de nos jours où la névrose, la bipolarité n'est qu'un cliché parmi tant d'autres. La Belle est douce, délicieuse et même naïve si bien qu'étant le parfait opposé du monstre qui la retient, elle va réussir à s'y attacher. Retenue contre son gré et contrainte de subir tous les jours la même question redoutée, "Voulez-vous être ma femme ?", elle ne pourra s'empêcher de promettre de revenir, d'avoir peur pour le sort de son geôlier, de vouloir l'aider à contrôler ses pulsions. Tout cela sans qu'à aucun moment on ne cesse d'y croire, sans qu'à aucun moment on veuille sortir de ce monde.

 Et si l'histoire est très bien adaptée, il ne faut pas oublier l'attirail technique du film, mélange évident de costumes élaborés, d'heures de maquillage interminables et d'astuces dans les décors qui étonne encore de nos jours. Quelle effroyable surprise que de voir des bras allumer les chandelles du couloir du hall d'entrée, ou bien d'en voir un autre servir du vin à table. Les statues épient les mouvements des protagonistes qui fatalement tomberont sur la Bête, maître incontesté des lieux. Le spectateur est émerveillé de toutes ces prouesses techniques mais attention, pas de 3D, pas d'écrans verts, juste l'art de personnes vouées au cinéma et au message qu'il fait passer : il n'y pas de limites à l'imagination, pas d'âge pour rêver, il suffit de se laisser transporter.

 Seul petit bémol au film, des raccords parfois maladroits ou trop nets qui peuvent empêcher l'immersion totale dans un univers qu'on devine malgré le noir et blanc tout en couleurs. Et c'est bien dommage quand on voit les efforts fournis et les qualités techniques du film. Sinon, tout n'est que conte de fées et ça fait du bien, de retomber en enfance.

 

©-DR-LA BELLE ET LA BĘTE de Jean Cocteau (1946) p31

22/12/2014 05:25 par tellurikwaves

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    ©-DR-LA BELLE ET LA BĘTE de Jean Cocteau (1946) p31

    22/12/2014 05:25 par tellurikwaves

©-DR-LA BELLE ET LA BĘTE de Jean Cocteau (1946) p30

22/12/2014 05:22 par tellurikwaves

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    22/12/2014 05:22 par tellurikwaves

©-DR-LA BELLE ET LA BĘTE de Jean Cocteau (1946) p29

22/12/2014 05:15 par tellurikwaves

  • ©-DR-LA BELLE ET LA BĘTE de Jean Cocteau (1946) p29

    ©-DR-LA BELLE ET LA BĘTE de Jean Cocteau (1946) p29

    22/12/2014 05:15 par tellurikwaves

Critique publiée par cloneweb le 23 septembre 2013
Il y a des vieux films qui ont tendance à mal vieillir. Décors en carton pâte, acteurs surjouants, prise de son aléatoire. Revoir un vieux film au 21e siècle est parfois une épreuve. Pourtant, certains traversent le temps sans prendre une ride et sont toujours un ravissement, cinquante ou soixante ans après leur sortie. C’est le cas de Casablanca de Michael Curtiz. C’est aussi le cas de la Belle et la Bête sorti quelques années plus tard, juste après la guerre.Ça doit être ça, un chef d’œuvre intemporel.

Tourné dans des conditions difficile à la fin de 1945, La Belle et la Bête est pourtant une réussite de tous les instants. Il est vrai que Jean Cocteau a galéré à mettre son film en images. Après la Guerre, il était difficile de trouver des stocks de pellicule, le film est donc tourné sur trois sortes différentes (pour les scènes de jour dans le village, les scènes de nuit dans le château de la Bête et le final). Et outre les difficultés à se procurer du matériel,(il fallait faire avec les coupures électriques le courant fonctionnait un jour sur deux) ainsi que tous les aléas liés à ce genre de production.

L’histoire est bien entendu celle que vous connaissez mais Cocteau est un grand fan de Perrault et il y ajoute donc des éléments faisant référencé à Cendrillon. Belle a donc deux soeurs qui lui font faire le ménage pendant qu’elles tentent de profiter de ce qui reste de leurs richesses. Leur père était en effet un riche marchand dont les bateaux ne sont jamais arrivés à bon port. Et il est donc ruiné. Le reste de l’histoire est le classique que l’on connait : il se perd dans la forêt, trouve la Bête dans son château et y dérobe une rose. Menacé de mort par la créature, il retourne néanmoins chez lui et Belle part prendre sa place. Petit à petit, elle va découvrir que sa véritable beauté est intérieure et se rapprocher de la Bête.

Au delà de la mise en scène et de la narration de Cocteau qui fonctionnent parfaitement, il faut saluer plusieurs points dont la performance de Jean Marais qui incarne à la fois la Bête (avec cinq heure de maquillage par jour), le soupirant Avenant (c’est son nom, il est renommé Gaston dans la version de Disney) et à la toute fin le Prince. Cocteau, amoureux de Marais et le voulant tout le temps à l’écran, trouve d’ailleurs une pirouette pour permettre au Prince d’avoir à la fin du film l’apparence d’Avenant. L’astuce, si elle s’avère facile, permet d’aller plus loin que l’histoire d’origine. Celle-ci évoquait la beauté intérieure, Cocteau lui pousse le bouchon évoquant la bête qui sommeille en chacun de nous. On n’en dira pas d’avantage si vous n’avez pas vu le film, mais l’happy end est aussi bienvenue que réjouissante.

L’autre point, c’est la qualité des effets spéciaux et truquages visuels, réalisés pourtant à partir de pas grand chose. Ne pouvant animer les objets eux-même, le réalisateur les met en mouvement grâce à des membres humains et certains sont très réussis. En tournant des séquences dans un sens pour les monter à l’envers, il permet des astuces visuelles impressionnantes pour un film qui a presque soixante ans. On retiendra en particulier des chandeliers tenus par des bras qui s’éclairent seuls dans le hall du château de la Bête. En réalité, les figurants tenant les bougies font un geste qui éteint les flammes. Cocteau prend la séquence dans l’autre sens et la magie opère.

Charmant de bout en bout, la Belle et la Bête est aussi le parcours d’une jeune fille qui quitte -de force, certes- le cocon familial où elle voulait rester pour devenir un papillon auprès d’une créature. Belle trouve au travers de la Bête une revanche sur la vie et un nouveau départ.Et le final est bien magique pour les protagonistes, il l’est tout autant pour le spectateur qui prend du plaisir du début à la fin. Un classique indémodable.

 

©-DR-LA BELLE ET LA BĘTE de Jean Cocteau (1946) p28

22/12/2014 05:11 par tellurikwaves

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    ©-DR-LA BELLE ET LA BĘTE de Jean Cocteau (1946) p28

    22/12/2014 05:11 par tellurikwaves

 

http://www.ina.fr/video/I08282574/jean-marais-a-propos-du-tournage-de-la-belle-et-la-bete-video.html

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©-DR-LA BELLE ET LA BĘTE de Jean Cocteau (1946) p27

22/12/2014 05:05 par tellurikwaves

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22/12/2014 05:01 par tellurikwaves

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    22/12/2014 05:01 par tellurikwaves

 

SENS CRITIQUE

 

 

 

Critique publiée par Lt Schaffer le 14 novembre 2013

Difficile d’introduire La Belle et la Bête mieux que Jean Cocteau ne l’a fait lui-même, il est de ces cinéastes faisant ouvertement appel à la naïveté du spectateur. Non pas une naïveté abusive, mais une simple condition sine qua non pour créer cette relation unique entre l’auteur et son public, le père et son enfant lui contant tout bas à l’oreille « il était une fois... ». Il était une fois un artiste aux amours multiples : amoureux du cinéma, amoureux de la littérature, amoureux d’un certain Jean Marais.

 Cocteau (faisons la folie de ne pas taire plus longtemps l’identité de notre fameux artiste) est alors un poète s’essayant au 7ème art, qu’il a expérimenté dans Jean Cocteau fait du cinéma puis dans Le Sang d’un poète. Désormais fort d’une connaissance cinématographique approfondie tant dans le fond que dans la forme, il s’attèle à adapter un classique du conte merveilleux. La Belle et la Bête lui offre l’occasion de marier ses fameuses passions. A son expérimentalisme filmique se mêle la forme classique du conte populaire, sous le terrifiant mais bienveillant regard d’un des plus grands acteurs français de l’époque. Seul ingrédient manquant : la touche féminine. Entre génies, on se comprend, c’est son ami Marcel Pagnol qui lui suggère Josette Day. Un chef-d’œuvre nait.

 Comment ne pas être subjugué par le recul qu’a Jean Cocteau, en 1946, sur le cinéma ? Sa manière de le comprendre et de le présenter au spectateur dépasse bien des standards d’alors. Son générique, innocemment tracé à la craie sur un tableau noir par le réalisateur lui-même et ses deux têtes d’affiche, esquisse tout le rapport qu’a Cocteau avec son spectateur. Ce contrat passé entre les deux partis appelle la croyance la plus sincère de l’assistance dans le cinéma, média encore jeunot dans lequel on accepte de se perdre, « ce nouveau petit salarié de nos rêves » comme disait Céline. Cocteau ne s’en détourne pas le moins du monde, et l’assume jusqu’à dévoiler la caméra dans un plan inattendu : « moteur » s’exclame une voix, avant que le réalisateur n’interrompe la prise. Qu’importent les artifices, nous ne pouvons que croire dans ce que Cocteau propose.

 L’univers dessiné s’avère remarquablement cohérent et échappe au temps grâce à une écriture légère, fluide, loin des standards au classicisme pompeux que d’autres réalisateurs ont appliqué depuis, plus que jamais aujourd’hui, à l’heure des relectures douteuses des classiques de la littérature. La Belle et la Bête fait parti de ces introductions parfaites au genre du merveilleux, pour les petits comme pour les grands. Les plus jeunes y verront toute la magie, la romance et même l’aventure présente dans le conte, les plus expérimentés pourront toujours s’amuser à comprendre comment vit cette histoire au sein de cinéma de Cocteau, avec ses obsessions de toujours. Ainsi, on retrouve ses thèmes de prédilection, dont la mort ou le miroir, le reflet. A contrario de son précédent film, La Belle et la Bête propose une poésie plus optimiste grâce à la fameuse romance entre ses deux personnages principaux, « l’amour a changé le laid en beau ».

 Si l’histoire gravite évidemment autour de ces deux personnages, les autres intervenants ne sont pas en reste. Cocteau a besoin de faire vivre l’univers autour de Belle. Aucun personnage n’est là pour une quelconque décoration superficielle, tous vivent. Cocteau effectue des modifications dans son adaptation et va jusqu’à changer la destinée de certains personnages. Néanmoins, tout s’inscrit dans une logique parfaite, rien ne déteint. La création du personnage d’Avenant, jeune homme convoitant Belle, va dans ce sens. Jean Cocteau en a besoin pour faire vivre en parallèle la Bête, les deux personnages étant interprétés par Jean Marais. Un mystère se tisse ainsi autour de cette ressemblance troublante entre Avenant et la Bête, dont on reconnait, derrière la superbe fourrure, les yeux clairs de son interprète. Le réalisateur l’assume, il en joue et entremêle la destinée des deux personnages.

 Cocteau s’inspire de divers horizons pour peindre sa romance. Les séquences d’introductions exposant la famille de Belle ne manquent pas de rappeler les œuvres picturales de grand maîtres flamands peignant le quotidien. Cà et là, on reconnait une touche de Vermeer, alors qu’à contrario, dans les parties plus fantastiques, outre les références littéraires telles Perrault voire Bram Stoker, on sent toute une sensibilité venue de l’expressionisme allemand. Cette multitude de références mêlées à la propre patte de Cocteau enfante une réalisation parfaite et profondément intemporelle. On croit reconnaitre avant tout la touche du cinéma français des années 40 avant de se rendre compte que c’est un dispositif encore plus complexe, plus universel.

 Encore aujourd’hui, on s’étonne à propos de nombreux plans que Jean Cocteau a concocté avec le concours de son directeur de la photographie, l’immense Henri Alekan. Comment une telle fluidité est possible dans les trucages ? L’artisanat des effets spéciaux de Cocteau en est la clé, le cinéaste proposant la plupart du temps des solutions très simples offrant cependant des rendus impressionnants. Gardons en tête cette mémorable séquence lorsque le père pénètre pour la première fois dans la demeure de la Bête, avec ces chandeliers s’allumant un par un, mettant en scène une inquiétante magie. Tout le film dévoile ainsi des prouesses formelles conçues avec tout l’amour possible pour le cinéma. Même les plans les plus simples offrent toujours un travail remarquable sur le décor, la perspective ou la lumière. Le moins que l’on puisse dire, c’est que René Clément, alors dans l’équipe technique du film, a été formé à bonne école !

 Le seul point qui peut éventuellement faire douter dans le film, c’est Josette Day. Si l’interprète de la Belle ne jure pas avec le reste du film, elle demeure plus en retrait et peine parfois à se hisser à la hauteur de son acolyte, Jean Marais. De manière générale, on pourrait dire que Cocteau travaille avec plus d’aisance le casting masculin du film plutôt que le casting féminin (sans aucun sous-entendu, voyons !). Néanmoins, la superficialité poussée des sœurs ne dessert jamais le récit et la romance principale vit complètement, tant le spectateur est trop magnétisé par la Bête ou par l’univers pour accorder de l’importance à d’éventuelles imperfections.

 La Belle et la Bête est non seulement un des plus grands films français, mais aussi un de ces films qui ont marqué l’histoire du Cinéma. L’héritage du film de Cocteau se retrouve partout, ne serait-ce que dans Legend de Ridley Scott ou encore dans Sleepy Hollow de Tim Burton. Début 2014, Christophe Gans aura la lourde tâche de lui succéder. En attendant, il ne faut pas hésiter à découvrir ou re-découvrir le chef-d’œuvre de Jean Cocteau, dont on a probablement pas fini de parler, et tant mieux ! Pour une fois que ça fait plaisir d’être naïf au cinéma, autant en profiter. Merci monsieur Cocteau.