©-DR-LE RUBAN BLANC de Michael Haneke (2009) p18
13/12/2014 16:12 par tellurikwaves
Roxane Duran : Anna, la fille du médecin et son pêre
Rainer Bock : le médecin
Leonard Proxauf : Martin, fils du pasteur
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Avec Le Ruban blanc, palmé d'or à Cannes en 2009, Michael Haneke continue sa réflexion autour de la violence, initiée dès 1992 avec Benny's Video. Certains voient dans cette étude clinique des méfaits d'une éducation rigoriste violente les prémices de la barbarie nazie, d'autres une simple plongée dans un microcosme autodestructeur.
Michael Haneke, par ailleurs réalisateur de Amour (Palme d'or 2012, est-il besoin de le rappeler)je n'ai pas aîmé AMOUR soulignait alors qu'il ne voulait pas que ce film ne soit uniquement pris que comme un film sur le fascisme. «J'ai voulu faire un film où l'on comprend que n'importe quel idéal peut être perverti dès qu'on l'érige en absolu. Si on ne parle que de ce problème du fascisme allemand, c'est un peu facile pour les spectateurs de se dire que ce problème n'est qu'allemand. Je pense que ce film est le problème de tout le monde.»
Toujours est-il que le réalisateur réussit ici une immersion totale dans cette petite société forcément à l'image de la grande, avec ses adultes, notables, puritains, et rigoristes qui infligent leur domination aux administrés du village, comprenez les femmes et les enfants. Le tout avec un sens du cadre à tomber et un noir et blanc digne de La Nuit du chasseur et de la tradition du naturalisme qui prétend recréer le monde en conservant ce rapport à la réalité.
Thibault Sérié : Gustav, le fils cadet du pasteur
Analyse (Wiki)
Par le sujet, les cadres, le noir et blanc et la lumière, Le Ruban blanc, qui mêle réalisme historique, symbolisme, mystère et atmosphère cauchemardesque, évoque la fascination du cinéaste pour l’école scandinave (notamment l'œuvre de Carl Theodor Dreyer et Ingmar Bergman) mais aussi le cinéma de Robert Bresson. Des analogies peuvent également être trouvées avec Le Village des damnés de Wolf Rilla (dans la représentation des enfants maléfiques), Le Village de M. Night Shyamalan (pour la figuration d'une société villageoise féodale, victime de forces obscures) ainsi qu'avec Le Journal d'une femme de chambre de Luis Buñuel (pour l'éclair céleste à valeur prophétique en guise de conclusion). Michael Haneke semble par ailleurs être influencé par la littérature de Franz Kafka et de Frank Wedekind (par son thème, le film évoque L'Éveil du printemps) et aussi par les pièces de Bertolt Brecht (pour l'idée de distanciation et de théâtre épique).
Comme dans plusieurs de ses œuvres, Haneke ne résout pas clairement l'intrigue de départ (l'identité des bourreaux) mais laisse pourtant certains éléments de réponse (notamment sur l'implication des enfants du pasteur). Le film évoque les carcans luthériens et la pédagogie noire (sévices, punitions, brimades) dans le nord de l'Allemagne avant la Première Guerre mondiale. Il revendique un certain unanimisme dans la manière de caractériser chaque individu par son rapport social. Malgré l'industrialisation, la société villageoise mise en scène reste liée à une structure féodale (le baron et le pasteur restent les personnes les plus influentes de la communauté).
Le Ruban blanc exploite, en ce sens, la comparaison de la violence personnelle et institutionnelle des notables adultes du village (le baron, le régisseur, le prêtre luthérien, le médecin), névrosés, égoïstes, pervers et, au moins pour l'un d'entre eux, abuseur sexuel, avec en contrepoint la violence sourde et muette de certains enfants et adolescents. Le titre du film fait référence à la pureté virginale qu'on attend des enfants du village, alors que les adultes ont, à l'opposé, une face obscure cruelle. Le fait que l'histoire du film ait lieu en 1913-1914 peut laisser penser au spectateur qu'une telle société violente ne peut que secréter, globalement, de la violence, qui peut se traduire par l’engagement dans une guerre, voire le nazisme ensuite. Néanmoins, le réalisateur se défend d'avoir élaboré une allégorie du fascisme et affirme ouvrir plusieurs pistes de lecture sur la transmission du mal par l'absolutisme politique, idéologique ou religieux.