©-DR-LE FRERE DU GUERRIER de Marc Jolivet (2002) p13

03/12/2014 07:19 par tellurikwaves

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    03/12/2014 07:19 par tellurikwaves

LE RÊVE EVEILLE
Le frère du guerrier, un tournage sur le Causse

Le frère du guerrier est un film de Pierre Jolivet qui est sorti en 2002, et dont l'action se passe au XIIIème siècle sur le Causse de Sauveterre. Le thème central me semble tourner autour de la "connaissance" : celle, intuitive et populaire, des plantes qui guérissent, et celle, plus intellectuelle, véhiculée par les livres, à l'époque réservés au clergé bien décidé à rester seuls dépositaires du savoir lire. C'est un film assez austère, qui a été reçu plutôt petitement par la critique et le public.

Bien qu'ayant été en grande partie tourné dans le sud de la Lozère, le film ne parle guère de la Lozère (le Gévaudan, devrait-on dire) car il reste centré sur les personnages et leurs tourments. Je ne suis même pas certain que le réalisateur ait cherché à localiser son histoire. Mais on y voit tout de même de belles images des paysages des environs.

La maison familiale a été reconstituée près du domaine des Boissets, sur le causse de Sauveterre, au dessus de Sainte-Enimie. Les scènes de marché, curieusement, ont été tournées au milieu de rien, au pied des puechs des Bondons. Plusieurs hameaux du Sauveterre ont également servi de toile de fonds. Les scènes à l'église et au château ont par contre été tournées plus au nord, en Auvergne, et les premières images du film ainsi que quelques scènes de forêt ont été réalisées dans les environs de Paris.

La curiosité m'aurait suffi pour aller voir ce film qui parle un peu de chez moi. Mais il se trouve que j'y suis lié de plus près que d'autres habitants de la région : lors des castings régionaux qui ont précédé le tournage, ma fille de 6 ans a été sélectionnée pour jouer le rôle de Hilde, fille du "frère du guerrier". Pas un grand rôle, mais plus qu'une figuration car les enfants sont assez présents dans une petite moitié du film.

20 journées de tournage étalées sur 2 mois, durant lesquelles il a fallu l'accompagner ici et là. Une petite aventure, plongés dans ce microcosme étrange qu'est le milieu du cinéma, et dont il me reste quelques images fortes, parfois heureuses parfois empruntes de malaise. En voici quelques unes, que je vous le livre de manière brute, et dans le désordre.

Pierre Jolivet et Vincent Lindon mangent dehors, sur une petite table à l'écart du reste de l'équipe. Le même Vincent Lindon, qui me demande après 15 jours à se côtoyer :"Vous êtes le père d'un des enfants ?"

Les heures passées à attendre la bonne scène, dans l'algéco des enfants, alors qu'il vente et qu'il pleut dehors. A l'occasion d'un rayon de soleil passager, assis à la porte, je joue "Na Sobkach Mandjurie", morceau tiré du film "Urga" dont l'action se déroule en Mongolie. Mélanie Doutey s'approche,  appréciant manifestement. "J'ai des racines par là-bas", me confie-t-elle en riant.

Le coach officiel des enfants, qui profite d'une balade un peu à l'écart de la fourmilière, pour s'allonger dans une cazelle, les jambes  et piquer un petit roupillon, mine de rien. La subtile hiérarchie qui s'établit de manière tacite entre les différents corps de métier (mise en scène, acteurs, techniciens)... le peu de relations réelles entre l'équipe et la population locale, pourtant mise à contribution.

Une violente pluie interrompt une prise. Tout le monde se disperse pour se mettre à l'abri où il peut. Le staff "acteurs" se retrouve dans la maison familiale factice dont le toit de fibre et de polystyrène résonne sous les chocs des gouttes. Il fait presque noir. Brunelle est sur les genoux de sa "maman" Mélanie. L'univers du cinéma a presque disparu, une discussion tranquille s'engage.

Dans le restaurant d'un hôtel 3 étoiles auvergnat, la veille d'une prise. Les enfants, pas du tout impressionnés par le luxe et l'atmosphère feutrée ambiante, se lèvent sans cesse de table et courrent partout en criant, poursuivis par moi qui essaie sans aucun succès de les calmer. Les clients nous jettent des regards courroucés.

Le responsable de la déco promène partout une cariole d'ali-baba, dans laquelle il a entassé un bric-à-brac. Avec ça il peut tout faire : panser une fausse pierre qui a pris un choc malencontreux, bricoler une poupée de paille pour amuser un enfant qui s'ennuie, faire démarrer un faux feu de bois en 1 seconde.

Une technicienne déco. Assise sur la table de la cuisine, elle prépare une simili soupe aux choux pour la scène qui arrive. Malgré la simplicité apparente de cette tâche ménagère quasi quotidienne, elle se concentre intensément pour arriver à un résultat qui lui convienne parfaitement. Il ne s'agit pas que ce brouet ait goût de soupe aux choux, il doit RESSEMBLER à une soupe aux choux. Nuance. Mais la fille est sympa comme tout. Entre ses silences affairés, elle me raconte le métier. A un moment, elle me lance un regard clair et elle me demande simplement "Et toi, tu fais quoi dans la vie ?".

La sortie du film a fait son petit effet dans la famille, un peu moins au delà. Puis cette minuscule agitation s'est calmée et le souvenir a commencé à s'estomper. Quelques années plus tard, nous sommes passés, Brunelle et moi, à proximité de la ferme des Boissets. Un petit pélerinage à la maison familiale s'imposait. Elle était toujours là, isolée au milieu des pelouses rases et sèches du Causse. De loin, elle semblait normale, à sa place. Nous nous sommes approchés en silence, chacun dans ses souvenirs, revivant l'ambiance de fourmillière affairée qui avait peuplé ces lieux quelques mois durant.

A quelques mètres de distance, d'étranges zébrures blanches sont devenues visibles sur les murs, sur les tuiles. Le polystyrène commençait à réapparaître sous la couche de peinture. La maison familiale avait commencé sa lente dégradation vers la mort. Quelques dizaines de mètres plus loin, le rocher artificiel sur lequel s'adossait la bergerie se dressait, aussi blanc qu'une congère isolée à la fin de l'hiver. Quand je l'ai escaladé il a crissé sous mes pas, des flocons s'en sont détachés pour partir dans le vent.

En contrebas, Brunelle parcourait le jardin des simples, encore bien visible au milieu des herbes folles malgré 5 années sans entretien. Comme 5 ans plus tôt, à l'occasion du tournage de la scène finale du film, elle a pris quelques feuilles dans ses mains et les a froissées pour en sentir les effluves.

24/01/2009

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03/12/2014 07:16 par tellurikwaves

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La maison sur le Causse de Sauveterre

©-DR-LE FRERE DU GUERRIER de Marc Jolivet (2002) p10

03/12/2014 05:49 par tellurikwaves

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    03/12/2014 05:49 par tellurikwaves

CAHIERS D'HISTOIRE
par Elizabeth Gonzalez
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Le nouveau film de Pierre Jolivet raconte l’histoire de deux frères qu’à priori tout oppose : l’aîné (Thomas) a quitté la ferme familiale pour partir gagner sa vie sur les routes en proposant ses services armés aux plus offrants ; le benjamin (Arnaud) est resté auprès de sa mère qui lui a transmis son don de guérir par les plantes.
D’un côté, une brute épaisse qui, au fil du film, va révéler son visage humain ; de l’autre, un gentil garçon que les coups assenés par des brigands – la violence ajoute toujours du piquant à l’évocation du passé… – plongent dans l’hébétude, l’absence dirait-on au Moyen Âge, époque à laquelle se déroule le film.
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Entre les deux, une femme, celle d’Arnaud, et bientôt également celle de Thomas – ou la femme attirée par le caractère biface de l’homme, à la fois doux et bestial… Et Thomas d’aider Guillemette à retrouver grâce aux livres le savoir oral perdu par un Arnaud devenu amnésique, le tout sur fond « d’épopée intimiste ».
*
Un film d’aventures donc, qui se pique d’apporter au spectateur des connaissances sur le xiiie siècle. De fait, il est rare de voir le Moyen Âge porté à l’écran et c’est tout à l’honneur du réalisateur d’avoir cherché à surmonter les problèmes de reconstitution historique. Malgré cela, le pari est loin d’être gagné. En voulant initier le spectateur à une période méconnue, le réalisateur risque de lui inculquer un certain nombre d’erreurs. On a ainsi du mal à imaginer une ferme isolée ne dépendant pas d’une seigneurie, qu’elle soit foncière ou banale.

De même, il serait erroné de croire que l’Église conserve jalousement le monopole du savoir au XIIIe siècle. Pour être des institutions ecclésiastiques, les universités, apparues au XIIe siècle, mais aussi les petites écoles, dont le nombre ne cessera de croître, n’en contribuent pas moins à dispenser un savoir livresque qui n’est plus à cette époque l’apanage des hommes de Dieu lesquels, contrairement à ce que prétend le réalisateur dans un entretien , n’ont pas attendu le XIIIe siècle pour s’adonner au travail de fabrication ou de copie de manuscrits dans les scriptoria .

Quant à la culture orale toujours vivace, notamment dans les campagnes, pourquoi une femme refuserait-elle de la transmettre à une autre femme sous prétexte que ce n’est pas sa fille mais sa bru ? Cette méfiance d’une femme envers une autre femme peut paraître étrange à une époque où, justement, les secrets médicamenteux étaient plutôt l’apanage de la gent féminine.

Bref, un film aux intentions louables – comme de montrer comment la transmission au Moyen Âge se fait à fois par l’écrit et par l’oral – mais que l’on ne saurait recommander sans une certaine méfiance envers les connaissances qu’il entend transmettre. Restent les paysages somptueux de la Lozère, idéals pour filmer les grands espaces et les chevauchées en vue panoramique.


Notes

1  « C’est bien vers le milieu du XIIIe siècle que les religieux commencent à recopier les livres » [propos issus du dossier de presse].

2  Dès le VIIIe siècle, il existait des scriptoria dans les monastères (voir le plan du scriptorium de Saint-Gall exécuté vers 830), et au XIIIe siècle, « l’âge d’or des scriptoria est révolu » [A. Vauchez, (dir.), Dictionnaire encyclopédique du Moyen Âge, II, p. 1410-1411].

©-DR-LE FRERE DU GUERRIER de Marc Jolivet (2002) p9

03/12/2014 05:43 par tellurikwaves

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©-DR-LE FRERE DU GUERRIER de Marc Jolivet (2002) p8

03/12/2014 05:39 par tellurikwaves

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    03/12/2014 05:39 par tellurikwaves

Le réalisateur Marc Jolivet

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Fiche technique
Réalisation : Pierre Jolivet
Scénario : Pierre Jolivet et Simon Michaël
Photographie : Pascal Ridao
2ème caméra et Steadycam :Jean-Marc Négroni
Assistant opérateur :Jérôme Almeras
Chef électricien : Pascal Pajaud
Chef machiniste :Gil Fontbonne
Eclair numérique :coloriste :Didier Lefouest,
Etalonneur film : Isabelle Julien
Pays :  France
Durée : 1h55
Année : 2002
(voir sur IMDb pour la fiche complete)

©-DR-LE FRERE DU GUERRIER de Marc Jolivet (2002) p7

03/12/2014 05:35 par tellurikwaves

  • ©-DR-LE FRERE DU GUERRIER de Marc Jolivet (2002)  p7

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    03/12/2014 05:35 par tellurikwaves

Brunelle Lemonnier : Hilde
Frédéric Lacave : Benoît

(que Wiki a bien crédité...1000 excuses !)

©-DR-LE FRERE DU GUERRIER de Marc Jolivet (2002) p6

03/12/2014 05:31 par tellurikwaves

  • ©-DR-LE FRERE DU GUERRIER de Marc Jolivet (2002)  p6

    ©-DR-LE FRERE DU GUERRIER de Marc Jolivet (2002) p6

    03/12/2014 05:31 par tellurikwaves

FILM DE CULTE
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XIIIe siècle, au coeur de la France. Suite à la mort de sa mère, qui maîtrisait la science des plantes médicinales, et à l'accident de son mari qui, roué de coups par des brigands,a perdu la mémoire (et ainsi les enseignements de sa mère), Guillemette s'en va chercher de l'aide auprès de son autre frère, un mercenaire solitaire.

En mêlant un récit intimiste à de grands espaces conférant un certain lyrisme à ce Frère du guerrier,Pierre Jolivet change de registre pour se tourner vers une sorte de western made in France, lent et contemplatif. Il apparait malheureusement rapidement à court d'essence: son film manque d'un réel enjeu qui aurait apporté davantage de souffle à l'entreprise. Le tout se laisse donc voir avec un intérêt très relatif, entre le joli côté d'une balade au Puy du Fou, et l'assoupissement douillet que peuvent susciter ces 2 heures de peu de choses.

On peut percevoir quelques pistes thématiques (la quête du savoir et sa transmission, le rapport de fraternité entre Canet et Lindon), sans que celles ci ne soient brillamment exploitées. Le film évite cependant d'user de son potentiel vercingétorixien, quelques scènes pouvant paraitre comme fort étranges (Canet plongé dans l'autisme, la fin je m'en foutiste...), mais sans éxagerément donner dans le ridicule costumé.

Reste une reconstitution historique remarquable, quelques scènes d'action plutôt efficaces, un Lindon rugueux et une Mélanie Doutey sensuelle (alors que Canet nous offre une non prestation comparable à celle de Samuel L. Jackson dans Sphère), ces quelques points positifs permettant de faire plus ou moins passer la pilule.Car si les raisons qui ont poussé Jolivet à tourner ce film anti-commercial au possible restent mystérieuses, il demeure une impression de singularité qui permet à ce Frère du guerrier de laisser une empreinte dans la mémoire du spectateur, non pas grâce à ses grandes qualités, mais par son étonnant côté "autre".

par Nicolas Bardot

©-DR-LE FRERE DU GUERRIER de Marc Jolivet (2002) p5

03/12/2014 05:10 par tellurikwaves

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    03/12/2014 05:10 par tellurikwaves

Vincent Lindon * : Thomas

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* Pour moi son premier bon rôle après l'avoir subit dans une douzaine de films

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03/12/2014 05:06 par tellurikwaves

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    03/12/2014 05:06 par tellurikwaves

Guillaume Canet : Arnaud

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SENS CRITIQUE
Critique publiée par Maitresinh le 16 août 2013
Un film sans prétention et c'est là que réside sa force.Le moyen âge au ras du sol,les grands espaces occitans façon western,un monde ou un simple livre est un bien précieux et magique.Rugeux,simple et beau à la fois. Une excellente surprise.