©-DR- LES 400 COUPS de François Truffaut (1959) p26
06/11/2014 17:27 par tellurikwaves
On va essayer avec cet autre article de presse qui vient de...me rappelle plus
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"- Ah quelle année, quelle classe! J'en ai connu des crétins, mais ils étaient discrets!"
Quelques décennies plus tard, le premier long métrage de François Truffaut conserve tout son charme et une certaine fraîcheur - malgré un son strident qui gâche un peu l'image magnifiquement restaurée. Indéniablement, il s'agit d'un film qui dépasse la simple chronique d'un gamin turbulent. Car Truffaut, subtilement, distille ce souffle qui bouleversera le cinéma qu'il critiquait vivement. Pas besoin de reconstituer l'époque, car notre nostalgie actuelle omet la souffrance des générations d'alors. Dans ce Paris "prolo" à la Doisneau, entre la Place Clichy et Montmartre, la rue des Martyrs et les grands boulevards, le cinéaste se livre, se libère et délivre un message.
Car le petit Antoine a des excuses (son résumé psychologique en ferait un bon client de divan) et des rêves (le cinéma, les filles, la mer). A ce propos humaniste pardonnant toutes les bêtises (qui donnent une atmosphère légère à ce film dramatique), contraste le cadre sociétal, plutôt étouffant : famille, école, justice... Car si l'on constate la délinquance des actes, on observe que l'autorité, vaniteuse, n'est pas forcément la meilleure réponse. En cela Les 400 coups trouve toujours un écho aujourd'hui. A ceux qui doutent encore des méfaits de la pure répression, voici un arsenal d'arguments. Le maître d'école, le père, la mère, le juge, tous abîment l'enfance et abusent de leur pouvoir.
On ne regrette pas cette époque liberticide. Mais Truffaut, surtout, anticipe avec une prémonition rare, les événements de 68 ("Qu'est ce que sera cette France dans 10 ans?"). En un film, il casse un cinéma trop sage (celui des années 50) et annonce les aspirations d'une génération grandissante (celle des années 60). Le lien est évident et démontre l'envie de changement.Au milieu de ces canailles, à travers tous ces larcins, Truffaut installe aussi son cinéma : deux garçons et une fille se promènent dans un parc et l'on pense à Jules et Jim. Il faut dire que ces 400 coups ne sont que le premier épisode des aventures d'Antoine Doinel, miroir intime de la vie du cinéaste. Doinel est son double. En le filmant enfant, il s'offre sa naissance, ses origines, ses racines de cinéma. Il va voler une machine à écrire (avant de voler des baisers), il va brûler le domicile conjugal, il va fuir l'amour de sa mère

Comme l'écrivait Serge Toubiana (actuel directeur de la Cinémathèque française), ce film baptise à la fois l'acteur, le personnage de Doinel et le critique de cinéma qui devient alors metteur en scène. Chacun invente l'autre. Le tournage débute en novembre 1958. Ce jour-là, le fondateur des Cahiers du Cinéma, le père adoptif de Truffaut, André Bazin meurt. Le film lui est dédié. Le temps d'une scène, Mademoiselle Jeanne Moreau et Jean-Claude Brialy, égéries de la Nouvelle Vague, viennent copiner. On remarque Jacques Demy en policier. L'Assistant réalisateur est un nommé Philippe de Broca.
Pour incarner le personnage - symbole Antoine Doinel, il fallait trouver le bon acteur. L'annonce est publiée dans France-Soir (à l'époque un grand quotidien) en septembre 1958. Loin des scores de Star Academy et autres Nouvelle Star, 60 gamins d'environ 13 ans passèrent des essais. Jean-Pierre Léaud emporta le morceau parce qu'il voulait le rôle, plus que par ressemblance physique. Mais durant toute la vie de Truffaut, tout le monde constatera l'étrange analogie entre les deux hommes, Léaud pouvant être clairement le fils de son mentor. Selon les propres dires du cinéaste, le jeune comédien est devenu un précieux contributeur. Les gestes, la justesse du vocabulaire, et même le caractère (plus effronté) sont des apports de l'acteur qui permet cette véracité que cherchait le réalisateur.
Aujourd'hui le Gaumont Palace a laissé place à un hôtel 2 étoiles et un centre commercial. Et le maître d'école n'existe plus qu'au cinéma ou dans des émissions de télé-réalité.Truffaut, ici, a relaté de nombreux événements qui lui sont arrivés, y compris cet enfermement dans un centre pour mineurs délinquants et une nuit au commissariat. Mais au delà de la dimension autobiographique, le réalisateur demande à son co-scénariste, Marcel Moussy (homme de télévision,mais aussi scénariste de Tirez sur le pianiste),de lui écrire une histoire plus universelle. La fugue d'Antoine devient ainsi Les 4 Jeudis (à l'époque le jour de repos des enfants scolarisés) puis Les 400 coups.
Critique de L'Ecran noir
Premier long métrage de François Truffaut, Les 400 coups raconte un peu de la véritable histoire du cinéaste et de son ami Robert Lachenay, par ailleurs assistant sur le film. Truffaut avait réalisé un court métrage, Les Mistons, l'année précédente et souhaitait écrire une série de sketches centrés sur l'enfance, dont le premier d'entre eux se nommait La fugue d'Antoine. Puis il imagine un long métrage chapitré (Antoine à l'école, Antoine chez lui, Antoine dans la rue). Antoine n'est autre que le sosie de l'auteur. Cancre, adepte de l'école buissonnière, fan de cinéma, menteur, grand lecteur, il vit entre la Place Clichy et la Place Pigalle, les quartiers d'enfance de Truffaut (et accessoirement le quartier d'Ecran Noir).
DVD Classik (fin)
Jean-Pierre Léaud, dont c’est alors le premier film... D’une énergie et d’une aisance tout bonnement démentielles, Léaud EST Doinel, un adolescent gouailleur au naturel confondant. Le film lui doit énormément et sa performance épate encore aujourd’hui. Découvert par casting (dont vous pouvez voir de larges extraits, jubilatoires, dans les bonus),c’est lui et lui seul qui porte le film sur ses épaules. Jetez vous sur le chapitre 18 (confrontation avec le psychologue), sûrement un des moments les plus bouleversants du film : une scène telle que celle-ci démontre la palette d’émotions dont était déjà capable Léaud, alors débutant de 14 ans.Un jeune acteur qui s’engage sur les nouvelles voies du cinéma français tracées par Truffaut et son film, mais aussi par Chabrol, Godard, Rivette, Demy, Varda et les autres – et dont la route croisera à nouveau celle de son pygmalion pour d’autres aventures de Doinel qui, toutes réussies qu’elles seront, n’auront toutefois jamais la fraîcheur et l’éclat de ce premier joyau.
Par Margo Channing - le 2 mars 2009