©-DR- LES 400 COUPS p16
06/11/2014 11:59 par tellurikwaves
Guy Decomble : « Petite feuille », l'instituteur
Le film retraçant la vie d’un petit parisien qui pourrait tout à fait être Truffaut, on aura souvent glosé sur le côté autobiographique du film (le père de Truffaut s’opposera d’ailleurs violemment aux 400 Coups, lui reprochant une description à charge de la vie familiale du petit Doinel - lire à ce propos les passages bouleversants du "François Truffaut" de Antoine de Baecque et Serge Toubiana).
Mais cela reste finalement un détail : le film vaut plus que cela. Il est le portrait de toute une génération de petits parigots, et plus généralement une évocation universelle de l’enfance où tous les spectateurs pourront puiser. On est loin ici des enfants stars ou de ces portraits d’enfance bourrés de clichés.
En témoigne la séquence de Guignol,(scène magnifique) quelques minutes d’éternité et une évocation de l’enfance qui n’est pas sans rappeler le grand Doisneau. D’une certains manière, Truffaut livre ici un film proche du cinéma-vérité, un quasi-documentaire sur la vie d’un adolescent dans les années 50 qui pourrait tout aussi bien être Truffaut que.. Léaud.
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Sur un scénario simple et linéaire - comme pour les deux Doinel suivants - Truffaut s’affranchit des carcans de l’époque, descend dans la rue caméra au poing et suit les aventures du petit Doinel avec une fraîcheur et une liberté de ton effectivement novatrices mais surtout réellement bouleversantes. Son regard sur l’enfance est empreint d’une humanité et d’une tendresse que l’on retrouvera plus tard dans L’Argent de poche ou L’Enfant Sauvage par exemple. Le tout dans un style déjà très personnel. Il faut voir sa caméra s’aventurer à l’air libre, prendre les chemins de traverse du cinéma français et se sentir tellement affranchie qu’elle en finit par tourner, tourner, tourner sur elle-même dans une scène de manège d’une beauté et d’une fraîcheur franchement épatantes.
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Le film arrive certes après Le Beau Serge de Chabrol (casse pas des briques)ou Hiroshima mon Amour,(ultra déprimant)mais aujourd’hui, ce n’est pas tant par son aspect "nouvelle vague" que le film nous touche encore,que pour sa beauté intrinsèque. Certes, on y retrouve tous les ingrédients qui font la Nouvelle Vague à l’époque : décors naturels, prises de vue en extérieurs, situations et personnages tirés du quotidien, langage de tous les jours, mise en scène décomplexée et audacieuse… Mais se contenter de ces simples détails serait occulter la beauté de la photographie de Henri Decae, qui nous offre un Paris magnifié. Ce serait négliger la majesté de ses cadrages dans un splendide 2.35, l’audace du montage…
Ce serait oublier enfin la partition de Jean Constantin, qui atteint des summums d’émotion notamment dans les derniers plans du film - partition dont Truffaut d’ailleurs semble avoir regretter l’utilisation plus tard, mais qui aujourd’hui contribue à la beauté du film.Reste que si le film nous bouleverse aujourd’hui encore, alors que les innovations d’alors sont devenues monnaie courante, c’est que ce qui fera le cinéma de Truffaut tout au long sa carrière (ben non justement)est déjà en germe dans ce premier opus : enfance, lyrisme, émotion, liberté…
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Petit parigot de 14 ans entrant tout juste dans les affres de l’adolescence, Antoine Doinel sèche les cours et tente d’échapper à une vie familiale morne et à des parents absents. Avec son ami René, il fera l’école buissonnière, vivant de débrouille et partageant ses journées entre errances dans le Paris des années 50, chapardages, lectures de Balzac à la bougie et séances de cinéma. Antoine et René, deux gamins lâchés dans Paris découvrent la vie en faisant… les 400 coups.
Analyse et critique (1)
Film phare de l’Histoire du cinéma, Les 400 Coups (dont le premier titre était Les 4 Jeudis) fit l’effet d’un chien dans un jeu de quilles tant à sa sortie qu’à sa présentation au Festival de Cannes 1959 (où il gagnera le Grand Prix de la Mise en Scène). La révélation de Truffaut cinéaste est en effet foudroyante et le film marque les esprits pas sa liberté de ton et par la qualité de sa mise en scène, alors louée par les nombreux supporters de la Nouvelle Vague dont Truffaut fut l’un des fondateurs alors qu’il n’était encore qu’un journaliste pour Arts et Les Cahiers du Cinéma - le film est d’ailleurs dédié à André Bazin, figure mythique des Cahiers qui mourra le premier jour du tournage.
Critique de presse
En 1959, François Truffaut auditionne un jeune garçon de 13 ans pour tenir le rôle principal de son premier long-métrage : c'est Jean-Pierre Léaud, qui l'impressionne par son naturel. Il l'engage et on connaît la suite : Les 400 Coups, film culte de la Nouvelle Vague qui déferle alors. Truffaut n'a au début pas du tout l'intention d'en faire une saga.Il tourne Tirez sur le pianiste, puis on lui propose de réaliser un segment du film à sketches L'Amour à vingt ans. Pourquoi ne pas reprendre le personnage d'Antoine Doinel et le suivre dans sa première aventure sentimentale ?
Truffaut garde cette idée et réengage Léaud, maintenant âgé de 17 ans, pour ce qui deviendra le moyen-métrage Antoine et Colette. Pour les trois volets suivants de la saga, Truffaut suit Antoine Doinel dans sa vie de jeune adulte, avec ses expériences amoureuses et professionnelles. Il est tour à tour détective privé, amoureux de la sage Christine ( Claude Jade) et envoûté par la belle Fabienne Tabard (Delphine Seyrig) dans Baisers volés (1968)embauché par erreur dans une entreprise américaine de transport maritime,marié à Christine et amant d'une Japonaise dans Domicile conjugal (1970)...
L'épisode qui clôt la série,L'Amour en fuite (1979)met côte-à-côte des scènes des précédents films montrés en flash-back et des scènes du présent, où Antoine, divorcé de Christine, a publié le livre qui lui tenait à cœur et où il retrouve son amour de jeunesse Colette ( Marie-France Pisier). Jusqu'à présent un peu volage, Antoine décide de s'engager avec Sabine ( Dorothée) et le film se termine sur une fin ouverte. A nous d'imaginer ce qui peut bien ensuite arriver à Antoine Doinel... (baillements)
Avec ces cinq films, Truffaut a eu l'occasion rare et rêvée de suivre un acteur dans le même personnage pendant vingt ans.(Hélas!)
Par Aliénor Duplessis (18/11/2009)
Fiche technique
Titre : Les Quatre Cents Coups
Réalisation : François Truffaut, assisté de Philippe de Broca,
Alain Jeannel, Francis Cognany et Robert Bober
Scénario : François Truffaut
Adaptation : François Truffaut et Marcel Moussy
Dialogues : Marcel Moussy
Photographie : Henri Decae
Décors : Bernard Evein
Son : Jean-Claude Marchetti, assisté de Jean Labussière
Montage : Marie-Josèphe Yoyotte,
Cécile Decugis et Michèle de Possel
Musique : Jean Constantin
Production : François Truffaut ;
Georges Charlot (directeur de production)
Sociétés de production : Les Films du Carrosse,
Société d'exploitation et de distribution de films (SEDIF)
Société de distribution : Cocinor
Pays d'origine : France
Format : Noir et blanc - 35 mm - 2,35:1 (Dyaliscope) - Son mono
Genre : comédie dramatique
Durée : 99 minutes (1h39)
Dates de sortie : Drapeau de la France France : 4 mai 1959
(Festival de Cannes), 3 juin 1959 (Paris)
Classification : Tous publics