©-DR- À BOUT DE SOUFFLE de Jean Luc Godard (1960) p7
29/10/2014 15:56 par tellurikwaves
« Ce film est dédié à la Monogram Pictures » nous prévient d’emblée lors du générique ce jeune cinéaste de 28 ans, dont c’est le premier long métrage ; bref, un film à tout petit budget filmé à l’arrache semble-t-il nous dire ! Pourtant, en 1962, dans une interview pour les Cahiers du Cinéma, il paraissait à son propos avoir une sacré ambition :
« Ce que je voulais, c’était partir d’une histoire conventionnelle et refaire, mais différemment, tout le cinéma qui avait déjà été fait. Je voulais rendre aussi l’impression qu’on vient de trouver ou de ressentir les procédés du cinéma pour la première fois. »
Sacrément prétentieux pour un novice ; mais le résultat étant certainement à la hauteur de ses espérances, on ne peut lui en faire grief, bien au contraire ! L’intrigue, il n’y en a pas ou presque, le cinéaste s’intéressant plus aux digressions. Luc Moullet résumait ainsi le scénario : « Michel Poiccard, voleur d’auto anarchiste tue le motard lancé à sa poursuite. Il retrouve à Paris son amie américaine, Patricia, dont il réussit à redevenir l’amant. »
Ce n’est rien d’autre et même encore moins;tout simplement peut-être, tel que Jean-Luc Godard le décrivait, « l’histoire d’une Américaine et d’un Français ; ça ne peut pas aller entre eux puisque lui pense à la mort et elle n’y pense pas. »
Fragments-collages : « Après tout, j’suis con ! » - Michel Poiccard, chapeau penché, cigarette au coin du bec, dans une imitation de Bogart et sa façon de se passer le doigt sur les lèvres - « Fonce Alphonse ! » - Des paysages de campagne française qui défilent, vus de l’intérieur d’une voiture - « Si vous n’aimez pas la mer, si vous n’aimez pas la montagne, si vous n’aimez pas l ville... Allez vous faire foutre ! » - Meurtre filmé avec cadrages instables et faux raccords elliptiques - Musique jazzy et entêtante de Martial Solal -
Poésie d’un Paris filmé en longs et fluides travellings ; impression de documentaire - « New York Herald Tribune » scandé par Jean Seberg avec son séduisant accent américain - Séquence de 25 minutes dans une chambre d’hôtel entre les deux protagonistes principaux discutant de tout et de rien, Michel n’ayant qu’une idée fixe en tête, recoucher avec Patricia - P : « Connaissez-vous William Faulkner ? » M : « Non. Qui est-il ? Avez-vous couché avec lui ? » -
Le concerto pour clarinette de Mozart - Quels cons ces Américains qui retiennent avant tout de la France Lafayette et Maurice Chevalier ! - Interview d’un écrivain prétentieux (sous les traits de Jean-Pierre Melville) dont le rêve est« de devenir immortel et... mourir !! » - Photographie surexposée - Travelling virtuose dans l’appartement rue Campagne Première - Michel agonisant avec ses mots en direction de sa maîtresse : "Vous êtes vraiment une dégueulasse ! "...
Raymond Cauchetier, photographe de plateau, raconte le tournage : « Tout d’abord, avec lui, tout était improvisé ou presque. On tournait dans les rues, dans les chambres d’hôtels, avec juste quelques lampes éclairant le plafond, sans prise de son directe. Godard écrivait ses dialogues sur une table de bistrot, soufflait leur texte aux comédiens pendant les prises, et arrêtait le tournage quand il n’avait plus d’idées. Le délire complet pour les tenants du cinéma classique ! Mais la Nouvelle Vague était en train de naître !
J'ai trouvé intéressant d’ajouter aux photos traditionnelles une sorte de reportage autour du film. Lorsqu’il a vu les planches, le producteur s’est montré fort mécontent. Qu'est-ce que c'est que ce travail ? Vous n'êtes pas payé pour faire ça ! Je lui ai expliqué que c'était un travail personnel. Bon, m'a-t-il dit, mais vous paierez vos frais de laboratoire. Les choses en sont restées là. Or il se trouve que ce sont surtout ces photos « hors film » qui ont été finalement choisies pour la promotion du film, et qui continuent d’être publiées un peu partout, quarante ans plus tard. »
Michel Est-ce que tu m’accompagnes à Rome? Oui, c’est idiot, je t’aime. Je voulais te revoir pour
savoir si te revoir me ferait plaisir.
Patricia Vous venez d’où? Monte-Carlo?
Michel Non, Marseille. Je suis resté samedi et dimanche à Monte-Carlo. Il fallait que je voie un
type. Lundi, j’ai essayé de t’appeler de Marseille.
Patricia Lundi et dimanche, je n’étais pas à Paris. [elle crie «New York Herald Tribune!»]
Michel Je t’en prends un.
Patricia C’est gentil. Qu’est-ce que vous faites ici? Vous dites que vous détestez Paris.
Michel J’ai pas dit que je détestais. J’ai dit que j’avais beaucoup d’ennemis.
Patricia Alors, vous êtes en danger!
Michel Oui, je suis en danger. Tu ne veux pas venir à Rome avec moi, Patricia?
Patricia Et faire quoi là-bas?
Michel On verra.
Patricia Non, j’ai beaucoup des choses à faire à Paris, Michel.
Michel Qu’est-ce que tu fais? Tu remontes ou descends les Champs?
Patricia Qu’est-ce que c’est les Champs?
Michel Les Champs-Elysées. [pause] Moi, faut que j’aille avenue Georges V.
Patricia OK, je vous laisse.
Michel Allez ! Remonte avec moi!
Patricia Jusqu’à la rue alors. [elle crie «New York Herald Tribune!»]
Michel Je te le rends, y a pas d’horoscope.
Patricia Qu’est-ce que c’est «l’horoscope»?
Michel L’horoscope, c’est l’avenir. J’ai envie de savoir l’avenir, pas toi?
Patricia Oh si! [elle crie «New York Herald Tribune!»] Qu’est-ce qu’il y a?
Michel Rien, je te regarde.
Patricia Vous êtes fâché que j’ai* parti sans dire au revoir.
Michel Non, mais j’étais furieux parce que j’étais triste. C’est agréable pas de s’endormir mais de
se réveiller à côté d’une jolie fille.
Patricia Vous allez rester à Paris?
Michel Oui, faut que je voie un type qui me doit de l’argent. Après, faut que je te voie toi!
Patricia Non, il faut pas.
Michel Quoi?
Patricia Il y a beaucoup des* filles à Paris plus jolies que moi.
Michel Non. C’est drôle, j’ai couché avec deux filles depuis qu’on s’est vus et bien ça ne gazait
absolument pas !
Patricia «Gazait», qu’est-ce que c’est?
Michel Elles étaient très jolies, mais ça ne gazait pas, ça ne marchait pas. C’était triste. Alors, tu
veux venir à Rome? Moi, j’en ai marre de la France!
Patricia Mais je ne peux pas Michel. Je dois m’inscrire à la Sorbonne. Autrement mes parents
m’envoiraient* plus d’argent.
Michel Je t’en donnerai.
Patricia Mais on a passé que trois nuits ensemble.
Michel Non, cinq! [pause] Pourquoi tu mets jamais de soutien-gorge?
Patricia Oh, écoute! Parle pas comme ça!
Michel Bon … je m’excuse. Il est quelle heure? On se revoit tout à l’heure?
Patricia Non, pas tout à l’heure. Ce soir, oui?
Michel Yes ! Où ça?
Patricia Oh … ici.
Fiche technique
Titre : À bout de souffle
Réalisation : Jean-Luc Godard
Scénario : Jean-Luc Godard,
d’après une idée de François Truffaut
Musique : Martial Solal
Photographie : Raoul Coutard
Opérateur : Claude Beausoleil
Son : Jacques Maumont
Assistant-réalisation : Pierre Rissient
Scripte : Suzanne Faye
Montage : Cécile Decugis
Régie : Gaston Dona
Conseil artistique : Claude Chabrol
Maquillage : Phuong Maittret
Photographe de plateau : Raymond Cauchetier
Affichiste : Clément Hurel
Pays d’origine : Drapeau de la France France
Producteur : Georges de Beauregard
Direction de production : Georges de Beauregard
Production : SNC (, France), Imperia Films (France),
Les Productions Georges de Beauregard (France)
Distribution : SNC (distributeur d'origine),
Imperia Films, Carlotta Films
Tournage :
Période : 17 août au 19 septembre 1959
Langues : anglais, français
Format : noir et blanc — 35 mm — 1.37:1 — son monophonique
Genre : drame
Durée : 89 minutes
Date de sortie : France 16 mars 1960
Cast (partiel)
Jean-Paul Belmondo : Michel Poiccard/Laszlo Kovacs
Jean Seberg : Patricia Franchini
Daniel Boulanger : l'inspecteur Vital
Michel Fabre : l'adjoint de Vital
Henri-Jacques Huet : Antonio Berutti
Van Doude : le journaliste américain, copain de Patricia
Claude Mansard : Claudius Mansard
Liliane David : Liliane
Jean-Pierre Melville : Parvulesco, l'écrivain interviewé à Orly
À bout de souffle est un film français, emblématique de la Nouvelle Vague, réalisé par Jean-Luc Godard, sorti à Paris le 16 mars 1960.
Résumé
Michel Poiccard, jeune voyou insolent, vole une voiture à Marseille pour se rendre à Paris. Mais en route, lors d'un contrôle, il tue un policier qui le poursuivait. Arrivé à Paris, il retrouve une étudiante américaine, Patricia, avec laquelle il a une liaison amoureuse — on comprend qu'il la connaît depuis peu, et qu'il a passé quelques nuits avec elle avant de partir à Marseille. Elle veut étudier à la Sorbonne et, pour se faire un peu d'argent, elle vend le journal Herald Tribune sur les Champs-Élysées. Tout au long du film, Michel essaiera de la persuader de coucher à nouveau avec lui, et elle lui résistera un certain temps en affirmant que lui ne l'aime pas vraiment...
avec Grace Kelly
*
*
Filmographie
Acteur
1956 : Le Coup du berger de Jacques Rivette
1959 : Les Quatre Cents Coups de François Truffaut
1969 : L'Enfant sauvage de François Truffaut
1971 : Les Deux Anglaises et le Continent de François Truffaut
1973 : La Nuit américaine de François Truffaut
1974 : I'm a Stranger Here Myself documentaire de David Helpern et James C. Gutman
1975 : L'Histoire d'Adèle H. de François Truffaut
1976 : L'Argent de poche de François Truffaut
1977 : L'Homme qui aimait les femmes de François Truffaut
1977 : Rencontres du troisième type (Close Encounters of the Third Kind) de Steven Spielberg
1978 : La Chambre verte de François Truffaut
2003 : Innocents (The Dreamers) de Bernardo Bertolucci contient une séquence où Truffaut fait une lecture
durant la crise des réalisateurs devant la Cinémathèque Française.
Producteur
1958 : Paris nous appartient de Jacques Rivette
1959 : Les Quatre Cents Coups de François Truffaut
1968 : L'Enfance nue de Maurice Pialat
1978 : La Chambre verte de François Truffaut
1980 : Le Dernier Métro de François Truffaut
1981 : La Femme d'à côté de François Truffaut
Scénariste
1959 : Les Quatre Cents Coups de François Truffaut
1959 : À bout de souffle de Jean-Luc Godard
1960 : Tirez sur le pianiste de François Truffaut
1961 : Une grosse tête de Claude de Givray
1962 : Antoine et Colette de François Truffaut (sketch de L'Amour à 20 ans)
de Shintaro Ishihara, Marcel Ophuls, Renzo Rossellini, François Truffaut et Andrzej Wajda)
1964 : Mata Hari, agent H21 de Jean-Louis Richard
1964 : La Peau douce de François Truffaut
1966 : Fahrenheit 451 de François Truffaut
1968 : La mariée était en noir de François Truffaut
1968 : Baisers volés de François Truffaut
1969 : L'Enfant sauvage de François Truffaut
1969 : La Sirène du Mississippi de François Truffaut
1970 : Domicile conjugal de François Truffaut
1971 : Les Deux Anglaises et le Continent de François Truffaut
1972 : Une belle fille comme moi de François Truffaut
1973 : La Nuit américaine de François Truffaut
1975 : L'Histoire d'Adèle H. de François Truffaut
1977 : L'Homme qui aimait les femmes de François Truffaut
1978 : La Chambre verte de François Truffaut
1979 : L'Amour en fuite de François Truffaut
1980 : Le Dernier Métro de François Truffaut
1981 : La Femme d'à côté de François Truffaut
1983 : Vivement dimanche ! de François Truffaut
1983 : À bout de souffle, made in USA (Breathless) de Jim McBride
1988 : La Petite Voleuse de Claude Miller
1995 : Belle Époque de Gavin Millar
Dialoguiste
1959 : Les Quatre Cents Coups de François Truffaut
1969 : La Sirène du Mississippi de François Truffaut
Prix et nominations
Festival de Bruxelles 1958 : prix de la mise en scène pour Les Mistons
Festival de Cannes 1959 : Prix de la mise en scène pour Les Quatre Cents Coups
Oscars 1974 : Oscar du meilleur film étranger pour La Nuit américaine
Césars 1976 : nomination au César du meilleur réalisateur pour L'Histoire d'Adèle H.
Césars 1981 : César du meilleur réalisateur pour Le Dernier Métro
Césars 1981 : César du meilleur film pour Le Dernier Métro
Césars 1981 : César du meilleur scénario original ou adaptation pour Le Dernier Métro
Césars 1984 : nomination au César du meilleur réalisateur pour Vivement dimanche !
Séducteur compulsif dès le soir tombé, comme il s'est trouvé décrit dans le journal d'Henri-Pierre Roché qui a inspiré L'Homme qui aimait les femmesnote , Truffaut a en effet été amoureux de toutes ses vedettes comme autant d'icônes .Son dernier amour fut l'actrice Fanny Ardant (La femme d'à côté, 'Vivement dimanche !) , avec laquelle il a eu une fille,Joséphine, née le 28 septembre 1983.
Après l'élection de François Mitterrand à la présidence de la République en 1981, soutenu sans ferveur par le réalisateur, Jack Lang l'invita à rencontrer le président américain, Ronald Reagan à Yorktown. Truffaut refusa à la dernière minute en raison d'un problème de planning et provoqua l'ire du ministre de la culture.
Postérité
En novembre 1996, Serge Toubiana et Antoine de Baecque publient une importante biographie de François Truffaut. Du 20 novembre au 20 décembre 1996, Marie-Paule André a mis en scène l'acteur Robin Renucci dans des lectures de la correspondance de Truffaut au théâtre du Rond-Point.
L'une des filles de Truffaut, Éva Truffaut, déclare trouver en 2004 les dernières scènes de son père et produit avec Elisabeth Butterfly un canular-hommage radiophonique Le journal d'Alphonse, où on retrouve Christine Doinel (Claude Jade) et son fils Alphonse (Stanislas Merhar). En octobre 2014, la cinémathèque française lui dédie une exposition rétrospective.
Méthodes de travail
Comme la plupart des protagonistes de la nouvelle vague, François Truffaut n'aime pas les studios et préfère tourner en décor réel. À l'exception de Fahrenheit 451, son film de science-fiction, il a ainsi tourné tous ses films en décor réel. Ce pendant il a presque reproduit les conditions du tournage en studio pour le Dernier Métro et Vivement dimanche !
Analyse de l'œuvre
Cinéma et littérature
François Truffaut n'est pas seulement un grand cinéphile. Il est aussi un grand lecteur. Sa correspondance publiée en 1988 par Claude de Givray et Gilles Jacob révèle de très nombreuses références littéraires et il semble que l'enfant Truffaut, quand il faisait l'école buissonnière, allait voir de très nombreux films mais passait également de nombreuses heures à lire.
Dans sa correspondance avec son ami d'enfance Robert Lachenay, il cite régulièrement Honoré de Balzac, Marcel Proust, Jean Giraudoux, Jacques Audiberti, Jean Genet et Georges Bernanos.Dans son attaque contre le cinéma de qualité à la française publiée dans les Cahiers du cinéma en 1954, François Truffaut s'en prend notamment à la manière dont les scénaristes Jean Aurenche et Pierre Bost adaptent les grandes œuvres de la littérature française au cinéma.
En tant que metteur en scène, il a lui-même adapté de nombreux romans au cinéma (Tirez sur le pianiste, Jules et Jim, La Mariée était en noir, Le Rapport sur le sauvage de l'Aveyron, Les Deux Anglaises et le continent, La Sirène du Mississipi, etc). À l'exception des deux romans d'Henri-Pierre Roché, que Truffaut considérait comme un grand écrivain français, Truffaut n'a jamais porté à l'écran de grands classiques de la littérature française. Au contraire, la majorité de ses adaptations sont issues de la littérature anglo-saxonne et, plus particulièrement, du roman noir.
Pour son deuxième film, Truffaut s'inspire de Down there de David Goodis. À la différence des scénaristes qu'il critiquait, il adapte un roman appartenant à un genre considéré comme mineur plutôt qu'un chef-d'œuvre de la littérature. Concernant les films réalisés à partir de l'œuvre de Roché, il ne les considère pas comme des « adaptations cinématographiques d'œuvres littéraires » mais comme des « hommages filmés » à un écrivain qu'il admire.
Personnages
Les personnages masculins de François Truffaut sont souvent isolés et renfermés sur eux-mêmes. Charlie Kohler, dans Tirez sur le pianiste, finit seul à son piano. Montag, dans Fahrenheit 451, est isolé du reste de la société. Pierre Lachenay dans La Peau douce, finit aussi dans la solitude, quitté par sa maîtresse et assassiné par sa femme. Antoine Doinel est un inadapté. C'est aussi le cas d'Alphonse dans La Nuit américaine ou de Claude dans Les Deux Anglaises et le Continent, qui se retrouve isolé à la fin du film, et de Julien Davenne dans La Chambre verte.
Cinéaste très attentif aux acteurs et à leurs personnages, François Truffaut a offert à plusieurs comédiens des rôles qui ont fait date dans leurs carrières :
Compositeurs des musiques des films de François Truffaut
Jean Constantin
Georges Delerue
Antoine Duhamel
Bernard Herrmann
Maurice Jaubert
Maurice Leroux
Laurent Voulzy
Alain Souchon
Antonio Vivaldi
Serge Rezvani
Influences
Truffaut revendique l'influence de Jean Renoir. Il dit avoir vu Le Carrosse d'or (1953) et La Règle du jeu (1939) une quinzaine de fois chacun.
Il revendique également l'influence de Roberto Rossellini. Il admire notamment chez Rossellini la manière de filmer les enfants.
Enfance
Truffaut a une sensibilité particulière pour les enfants. Trois de ses longs métrages sont centrés sur des personnages enfants, Les Quatre Cents Coups, L'Enfant sauvage et L'Argent de poche.
Publications
Essais
Le Cinéma selon Alfred Hitchcock, Robert Laffont, 1966
Les Films de ma vie, Flammarion, 1975
Recueil d'articles critiques
Le Cinéma selon Alfred Hitchcock, Gallimard, 1983, 2e éd.
Le Plaisir des yeux, Flammarion, 1987
Recueil d'articles
Le Cinéma selon François Truffaut, Flammarion, 1988
Textes réunis par Anne Gillain.
Correspondance, Paris, Éditions des 5 Continents, Renens et Hatier, 1988 (ISBN 2-88003-068-4 et 2-218-07862-7)
Lettres recueillies par Gilles Jacob et Claude de Givray, notes de Gilles Jacob, avant-propos de Jean-Luc Godard.
Scénarios et dialogues de film
Les 400 Coups, (en collaboration avec Marcel Moussy), Gallimard, 1960
Les Aventures d'Antoine Doinel, Mercure de France, 1970
Jules et Jim, scénario et dialogues du film, Seuil, 1971
La Nuit américaine et le Journal de Fahrenheit 451, Seghers, 1974
L'Argent de poche, Flammarion, 1976
L'Homme qui aimait les femmes, Flammarion, 1977
Belle Époque avec Jean Gruault, Gallimard, 1996
Documents
« Correspondance de Claude Jutra et François Truffaut », Nouvelles vues, hiver 2012-2013 (lire en ligne)
Apocryphe
2004 : Le Journal d'Alphonse d'Elisabeth Butterfly
Ouvrages et références
http://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Truffaut
Après Les Quatre cent coups, Truffaut filme Tirez sur le pianiste, adapté d'un roman noir de David Goodis, avec Charles Aznavour et Marie Dubois. Il y fait le portrait d'un pianiste raté et ravagé par le doute. Comme souvent dans sa carrière, il réalise le film en réaction à son film précédent. Alors que Les Quatre Cents Coups était un film très « français », Tirez sur le pianiste est plus influencé par le cinéma américain. Le film est aussi fait en réaction à sa nouvelle notoriété.
Truffaut qui vient de passer brutalement de l'ombre à la lumière avec le succès fulgurant des Quatre Cents Coups, raconte ici l'histoire d'un homme qui passe de la célébrité à l'anonymat. Le succès de son précédent film a paradoxalement déçu Truffaut qui voit son film apprécié par des gens qui n'aiment pas vraiment le cinéma. En réaction, il souhaite faire un film pour cinéphiles.
Son troisième film, Jules et Jim, adapté du roman du mm nom d'Henri-Pierre Roché, raconte l'histoire d'un pur amour à trois. Le film est de nouveau un grand succès public avec 1,5 millions d'entrées. À partir de là, ses films sont vendus à l'étranger par Alain Vannier. Avec ses trois premiers longs métrages, François Truffaut s'est déjà imposé comme un grand réalisateur.
En 1963, Les Films du Carrosse coproduisent Mata Hari, agent H 21, et Truffaut participe à la rédaction des dialogues et du scénario. La célébrité redoublée par Jules et Jim lui vaut, en 1965, d'être le sujet exclusif d'une émission de télévision, Cinéastes de notre temps.
En février 1968, Truffaut prend la défense d'Henri Langlois menacé d'être démis de ses fonctions de directeur de la cinémathèque française. Il se retrouve à la tête du Comité de défense de la Cinémathèque. Il réalise ensuite Fahrenheit 451, un film de science-fiction adapté du célèbre roman de Ray Bradbury dont le rôle principal est initialement prévu pour Paul Newman et Terence Stamp.
En 1969, François Truffaut réalise La Sirène du Mississipi avec Catherine Deneuve et Jean-Paul Belmondo. Le public est à nouveau au rendez-vous avec 1,2 millions d'entrées. Il réalise ensuite L'enfant sauvage. Giulio Angioni le considère comme « le plus anthropologique de ses films.» Le film rassemble 1,4 millions de spectateurs.
La reconquête du public (1971-1979)
Truffaut retrouve l'œuvre d'Henri-Pierre Roché en 1971 et porte à l'écran le second roman de l'auteur, Les Deux Anglaises et le continent qu'il présente dans Italiques. Le succès public est moins grand (400 000 entrées en France).
Dans Une belle fille comme moi, il raconte l'histoire d'un sociologue (André Dussolier) fasciné par son objet d'étude, la criminelle Camille Bliss (Bernadette Lafont). À l'encontre de toute morale, Camille Bliss fait accuser le sociologue du meurtre de son compagnon et échappe à la prison tandis que le sociologue termine enfermé en prison. Le film rassemble 680 000 spectateurs.
Avec La Nuit américaine, François Truffaut réalise un film sur le cinéma à l'ancienne. Il y montre un film en train de se faire et incarne lui-même le rôle du réalisateur tandis que Jean- Pierre Léaud incarne l'acteur principal du film.(erreur) Le film rassemble 820 000 spectateurs. En 1973, à l'occasion de la sortie de La Nuit américaine, il se brouille définitivement avec Jean-Luc Godard par lettres interposées.
En 1975, il réalise L'Histoire d'Adèle H. avec Isabelle Adjani dans le rôle titre. Le film rassemble 750 000 spectateurs. Après Les Quatre Cents Coups et L'Enfant sauvage, il revient au thème de l'enfance avec L'Argent de poche (1976). Le film rencontre un grand succès public (1,8 millions d'entrées).
Fasciné par le journal intime d'Henri-Pierre Roché, François Truffaut demande à Michel Fermaud de lui confier des anecdotes pour le scénario de L'Homme qui aimait les femmes. Le film sorti en 1977 rassemble 950 000 spectateurs en salles.
François Truffaut apparaît comme acteur de plusieurs de ses films : La Chambre verte (1978), La Nuit américaine (1973), L'Enfant sauvage (1970). Il apparaît également dans L'Histoire d'Adèle H. (1975), furtivement au début de L'Homme qui aimait les femmes (1977), ainsi qu'au début de L'Argent de poche (1976).
Il réalise ensuite un film sur la mort, La Chambre verte, adapté du roman L'Autel des morts de l'écrivain américain Henry James. Il y incarne un personnage étrange et hanté par la mort qui préfère la compagnie de ses amis morts à celle des vivants. Le film déroute le public (150 000 entrées).
En 1977, il accepte de jouer dans Rencontres du troisième type de Steven Spielberg, dans le rôle du scientifique français Lacombe. Spielberg est en effet un grand passionné de la filmographie de Truffaut et voulait absolument que ce dernier vienne jouer dans son film. Comme Truffaut n'est pas parfaitement bilingue, Spielberg accepte qu'il parle en français et que ses propos soient traduits par un collègue dans la version originale. Son modèle pour le savant français est Jacques Vallée.
Après le Dernier Métro, Truffaut revient à une histoire intime, simple, une relation de couple d’apparence banale, avec un parti pris de recul et de neutralité dans La Femme d'à côté. Au début, Bernard est un homme monolithique, sûr de lui, responsable, avec une vie de famille et un métier. L’apparition de Mathilde va ressusciter une passion ancienne et sa puissance possessive va inexorablement fragiliser Bernard, jusqu’à lui faire perdre tous ses repères, familiaux, sociaux, professionnels. Le film rassemble 1 million de spectateurs.
Dernières années (1980-1984)
Au début des années 80, il a le projet d'adapter avec son scénariste Jean Gruault le roman de Paul Léautaud Petit ami sur une tentation incestueuse entre un fils et sa mère. Ce projet est finalement abandonné. Il travaille ensuite avec son scénariste Jean Gruault à l'écriture d'une saga suivant des personnages dans la France du début du xxe siècle.
En juillet 1983, il loue la maison de Michel Berger, lui-même en pleine composition de la bande-originale du film Rive droite, rive gauche de Philippe Labro (1984), située en bordure de la ville d'Honfleur, en Normandie. Il doit y passer tout l'été avec Fanny Ardant et travailler sur ses scénarios, notamment La Petite Voleuse et Belle Époque. Mais il est pris d'une attaque violente qui le conduit aux urgences : il vient d'avoir la première manifestation de sa tumeur cérébrale.
En mars 1984, il apparaît sous le masque de la maladie dans l'émission Apostrophes que Bernard Pivot lui consacre à l'occasion de la réédition, sous le titre Hitchcock/Truffaut, du livre qu'il avait publié sur son maître en 1966. L'intervention chirurgicale ayant été trop tardive, la mort survient le 21 octobre 1984 à l'hôpital américain de Paris de Neuilly-sur-Seine. Il est incinéré au cimetière du Père-Lachaise et ses cendres sont déposées au cimetière de Montmartre à Paris.
Vie privée
François Truffaut se marie le 29 octobre 1957 avec Madeleine, fille d'Ignace Morgenstern, propriétaire de la société de distribution cinématographique Cocinor7. Il en a deux filles, Laura, née le 22 janvier 1959, et Éva, née le 28 juin 1961. Homme à femmes incorrigible, il divorce en 1964.
En 1968, Truffaut fait une demande en mariage à la famille de son actrice préférée et sa cadette de seize ans, Claude Jade, « la petite fiancée du cinéma », encore mineure, qui a tourné dans Baisers volés. Mais il ne se présente pas à la cérémonie, fuyant un second mariage dans ses activités professionnelles et politiques liées à l'affaire Langlois.
La question de l'engagement politique du cinéaste lors de mai 68 est l'occasion d'une scission entre les anciens amis de la Nouvelle Vague, François Truffaut défendant la position modeste d'un homme accomplissant sans hypocrisie son métier à l'adresse du spectateur plutôt qu'au service d'une cause que celui-ci n'a pas achetée avec son billet. Truffaut et Claude Jade resteront d'excellents amis et il la fera tourner dans Domicile conjugal et L'Amour en fuite.
À partir du tournage de la Sirène du Mississipi en 1969, il entretient avec Catherine Deneuve une histoire d'amour discrète. Le départ de Catherine à la fin de l'année 1970 le plonge dans une dépression lourde. Le roman d'Henri-Pierre Roché, Deux Anglaises et le continent, qu'il a adapté en 1971, est le seul livre qu'il emmena à la clinique où il fut soigné par une cure de sommeil.