©-DR -LOULOU (Die Büchse der Pandora) de G.W.Pabst p11
22/06/2017 07:22 par tellurikwaves
DVDClassik (4)
Louise Brooks avait très tôt manifesté du mépris pour le milieu du cinéma. Elle en fustigeait la futilité, la vanité et refusait de jouer le jeu d’une servilité pourtant de rigueur envers tout « supérieur ». Elle qui fut ironiquement surnommée « Brooks la bavarde » sur les plateaux de tournage rencontre enfin en Georg Willem Pabst quelqu’un dont elle se sent intellectuellement proche et dont elle admire la démarche.
Pabst, travaillant vers une forme de réalisme expressif, tente de rompre le jeu de ses acteurs pour leur éviter tout stéréotype en ne leur révélant qu’au dernier moment ce qu’ils vont tourner et en se livrant à tout un tas d’autres petites manipulations. Fritz Kortner, grand acteur de théâtre, avait soigneusement préparé « sa mort » : Pabst n’aura de cesse de faire tourner et retourner la scène prétextant mille soucis techniques afin d’obtenir de lui quelque chose d’autre. Si ces procédés nous paraissent aujourd’hui communs, ils firent à l’époque grand effet sur Louise Brooks.
DVDClassik (3)
Louise, première actrice américaine à venir tourner en Europe, est accueillie en grande pompe à la gare de Berlin par Pabst et une meute de journaliste.Louise Brooks apprécie de travailler avec Pabst qui se comporte avec elle de manière paternaliste, la rassurant et la protégeant contre l’hostilité d’une partie de l’équipe (Fritz Kortner en tête) qui ne comprend toujours pas quelle mouche a piqué Pabst d’aller chercher cette américaine pour jouer leur Loulou.
Mais cette relation ne va pas sans une certaine forme de tyrannie de la part du metteur en scène. Louise Brooks mène en Allemagne la vie qu’elle vivait à New York :retrouvant des amis américains pour de longues virées nocturnes, elle découvre le Berlin bourgeois dont elle goûte les excès. Pabst s’en émeut et la fait consigner. Elle se couchera dorénavant à neuf heures et se dédiera, tout comme lui, totalement au film. De nombreux petits conflits émaillèrent leur collaboration mais nul doute que Louise Brooks et Georg Willem Pabst entretinrent une relation privilégiée sans laquelle le fruit de leur travail commun n’eut pas été aussi exceptionnel.
DVDClassik (2)
Georg Willem Pabst, qui souhaitait depuis longtemps adapter la pièce de Frank Wedekind, n’était pas parvenu à trouver l’actrice idéale pour interpréter le rôle. De castings sauvages infructueux en essais inutiles, l’équipe commençait à désespérer de trouver la perle rare avant que Pabst ne découvre Louise Brooks dans A girl in every port.
Elle n’y tient qu’un rôle secondaire et c’est pourtant en elle que Pabst voit finalement l’interprète qu’il peinait tant à trouver. Sa demande rejetée par la Paramount, Pabst continue ses recherches et s’apprête à engager Marlène Dietrich quand Louise brooks, finalement libre de tout engagement, accepte de venir tourner en Allemagne.
DVDClassik (1)
Portrait tragique d’une femme qu’on qualifierait aujourd’hui de "libérée", Loulou est à l’origine la combinaison de deux pièces de Frank Wedekind : l’Esprit de la Terre et La boite de Pandore. La première raconte les mariages successifs de Lulu et le destin funeste de ses époux, la seconde son procès et ce qui s’ensuit. Le personnage de Loulou fut, d’après la légende, inspirée à Frank Wedekind par Lou Andréas-Salomé qu’il rencontra à Paris.
Lou Salomé, jeune fille d’origine russe, séduisit et fascina des esprit parmi les plus grands de son temps : Freud, Nietzsche et Rilke, entres autres, furent éblouis par son esprit des plus brillants et sa sensualité virginale. Sa rencontre rocambolesque avec Wedekind fit sur lui la plus forte impression et c’est en partie sur elle qu’il basa laconstruction de son personnage, forme quintessencielle d’une certaine vision « démoniaque » qu’il avait de la femme.
Objectif Cinéma
...Loulou, ce film mythique en France, notamment grâce au culte que la critique cinématographique des années 60 aura voué à Louise Brooks, s’appelle donc en réalité La Boîte de Pandore. C’est d’ailleurs sous ce titre que Georges Sadoul, dans son Histoire mondiale du Cinéma l’évoque.
Mais la ferveur avec laquelle on aura, en Allemagne comme en France, à plusieurs reprises, adoré Louise Brooks, et Louise Brooks seule, fait que la pièce de Wedekind, et même quelquefois le réalisateur du film, ont été éclipsés par le personnage, et celui-ci lui-même par la chevelure noire, les dents blanches et les seins minuscules de sa plus illustre interprète.
Possesseurs de magnétoscopes, à vos appareils, si le cœur vous en dit : dans la scène où, dans les coulisses du théâtre, Fritz Kortner/Schön violente Lulu/Louise Brooks, le sein gauche de celle-ci se révèle l’espace d’un instant...
Die Büchse der Pandora connaîtra d’ailleurs à son tour un remake : la version autrichienne de 1960, dirigée par Rolf Thiele et mettant en scène Nadja Tiller.Enfin, en 1980, le réalisateur franco-polonais Valérian Borowczyk (Les Contes Immoraux) livrera à son tour une version, Lulu.