©-DR-RISO AMARO de G.de Santis (1949) p18

03/05/2014 08:55 par tellurikwaves

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    03/05/2014 08:55 par tellurikwaves

Tandis que Luchino Visconti propose une vision marxiste du roman Les Malavoglia(1881) de Giovanni Verga dans le merveilleux La Terre tremble (La Terra trema) en1948, Giuseppe De Santis poursuit avec le célébrissime Riz amer (Riso amaro) en 1949 sa vision très personnelle d'un cinéma populo-réaliste, poussant à leur extrêmecertaines idées gramsciennes(??) mélangeant valeurs sociales et goût du mélodrame, idées progressistes et sensualité explosive.


Cependant, l'Histoire suit son cours : les élections de 1948 marquent une nette défaite de la gauche, comdamnée à l'opposition après la parenthèse de l'après-Résistance. Le climat culturel, également, se met à changer : il prépare ainsi le lent mais inexorable déclin de l'expérience néorealiste qui produira encore une dernière floraison avant de faner. Un gouvernement modéré de tendance américanophile a été instauré, la rupture de la solidarité de l'après-guerre devient définitive : pendant que le capitalisme étend son emprise, un vent de conservatisme souffle sur le pays.

La politique culturelle affiche un optimisme de façade, l'étalage des douleurs et des misères du peuple vaincu commence à déranger le pouvoir. Vittorio de Sica, déjà au centre de polémiques pour ses précédentes oeuvres,le découvre à ses frais pour le magnifique Umberto D en 1952,lucide et rigoureuse
description de la misérable solitude d'un retraité:on va lui reprocher de présenter la vie quotidienne avec une vision trop sacrilège, et les voix qui s'élèvent contre lui sont celles de jeunes politiciens de la Démocratie chrétienne appelés à faire carrière.

Exhortations superflues car déjà les cinéastes abandonnent la structure néoréaliste comme une tunique de Nessos et se tournent vers d'autres expériences : c'est le cas de Vittorio de Sica, par exemple, qui préfère écouter les sirènes d'une carrière internationale avec réussite commerciale à la clé, en délaissant l'aspect de la prouesse artistique, qui, sans disparaître totalement, sera moindre que celle d'antan.

Plus complexe est le parcours suivi par Luchino Visconti : en 1951, Bellissima se présente comme l'épitome du néoréalisme ainsi que de sa force critique, alors qu'avec Senso en 1954, il se tourne vers un réalisme bourgeois aux tonalités mélodramatiques, signant un travail magistral mais désormais loin des formulations exprimées dans la précédente trilogie (Les Amants diaboliques (Ossessione), La Terre tremble (La Terra trema), Bellissima).

 

©-DR-RISO AMARO de G.de Santis (1949) p17

03/05/2014 08:49 par tellurikwaves

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    03/05/2014 08:49 par tellurikwaves

L'acte de naissance officiel du néoréalisme est considéré être la sortie en 1945 de Rome, ville ouverte (Roma, città aperta) tourné avec des moyens de fortune (par exemple, en se servant de pellicule muette et souvent périmée) par Roberto Rossellini.

L'expérience douloureuse de la guerre, le traumatisme de l'occupation, le souffle de la résistance trouvent ici une efficace présentation, même si ces sujets sont traités de façon mélodramatique voire populiste : l'impact en est de toute façon énorme, et montre la voie à toutes les grandes oeuvres pour les trois années à venir.

Dans Sciuscià, en 1946, Vittorio de Sica enquête sur les désastres provoqués par la guerre dans l’esprit des plus faibles, les enfants du prolétariat. Avec Paisà, en 1946, Roberto Rossellini donne vie - en six épisodes de guerre et de résistance du sud au nord de l'Italie - à une sorte de fresque stylistique nerveuse et fragmentée sur l’Italie bouleversée de 1944.Pour Chasse tragique (Caccia tragica) en 1947, Giuseppe De Santis utilise des moyens spectaculaires et romanesques pour mettre en scène, dans la plaine du Pô, une poursuite mouvementée entre bandits et paysans, animée d’un souffle épique digne d’Hollywood.

*
C'est dans un pays détruit et en reconstruction, dans Allemagne année zéro (Germania anno zero) en 1947, que Rossellini va explorer les dérives morales d'un pays par les yeux d'un enfant qui n'a connu que la misère durant sa courte vie et qui cependant continue de lutter pour survivre. Vittorio de Sica offre avec Le Voleur de bicyclette(Ladri di biciclette)en 1948,à travers les péripéties d'un homme quelconque qui ne se résigne pas à son chômage forcé, le portrait attachant d'une nation suspendue entre espoirs et frustrations

*

*J'ai vu tous les films cités...ce sont de bons films mais très déprimants.
Aucun d'eux n'est aussi plaisant que RISO AMARO
le seul que j'aurai envie de revoir à nouveau.

©-DR-RISO AMARO de G.de Santis (1949) p16

03/05/2014 08:38 par tellurikwaves

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    03/05/2014 08:38 par tellurikwaves

« Avec le néo-réalisme, le peuple de la rue, des paysans, des ouvriers, a la parole »
Giuseppe de Santis, Cinémaction, n° 70


Le néoréalisme est le nom du mouvement cinématographique qui son apparition en Italie au cours de la Seconde Guerre mondiale. En opposition parfaite avec l'insouciance et la légèreté de la période des  "Téléphones blancs"(Telefoni bianchi), il couvre la période allant de 1943 à 1955.

La principale caractéristique de ce courant est de présenter le quotidien en l'état, en adoptant une position moyenne entre scénario, réalité et documentaire et en se servant souvent de gens de la rue à la place d'acteurs professionnels, en quelque sorte en romançant la « vraie vie ».

La pénurie de moyens pour les films hors de la ligne du gouvernement fasciste avant sa chute en 1943 puis pour tous après, l'indisponibilité par manque de finances des plateaux de tournage après 1944 contraignent de tourner dans la rue, d'acclimater les longs métrages dans les lieux authentiques : cela devient une sorte de code stylistique du néoréalisme qui va puiser dans ces apparentes contraintes une incontestable qualité de vérité.

Les autres caractéristiques du néoréalisme sont d'une part, le déplacement du regard du réalisateur porté sur l'individu vers la collectivité (l'individu ne peut exister sans son contexte social, et ensuite on"zoome"), d'autre part, une prédilection pour la narration (on préfère raconter une situation plutôt que de mettre en scène une longue explication) et enfin, la prééminence de l'analyse lucide des scènes douloureuses et de la critique ouverte de l'autorité en place, cruelle ou indifférente.
 

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03/05/2014 08:16 par tellurikwaves

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03/05/2014 08:12 par tellurikwaves

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    03/05/2014 08:12 par tellurikwaves

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03/05/2014 08:06 par tellurikwaves

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03/05/2014 07:42 par tellurikwaves

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    03/05/2014 07:42 par tellurikwaves

S’il réconcilie réalisme documentaire et dimension baroque, Riz amer subit, du point de vue narratif l’influence du cinéma hollywoodien.Plus particulièrement,le film de De Santis convoque deux genres marqués du sceau de la fatalité qui,dans les années 40,dominent le cinéma américain et se contaminent l’un l’autre : le film noir et le mélodrame.


L’intrigue criminelle est annoncée dès les premières images, à travers le personnage de Walter, le bandit interprété par Vittorio Gassman. Cette intrigue sera ensuite relayée par une histoire sentimentale, qui met en rivalité Francesca, sa compagne et Silvana, "femme fatale"et victime expiatoire qui incarne à elle seule la portée mélodramatique du film, son mélange de romantisme rose et de fatalité noire : « la tête perdue dans les rêves, les jambes sculpturales maculées de vase, la travailleuse des rizières symbolise une

jeunesse inconsciente, intoxiquée par la presse du coeur, les mélos de pacotille et les bandes dessinées, et de ce fait, incapable de comprendre sa condition et de s’engager dans le combat de la solidarité ouvrière, donc, condamnée, par sa vie factice, à un anéantissement irrémédiable. ». Même si elle a pu décevoir une partie de la critique et des historiens du cinéma – Georges Sadoul n’y verra qu’ « outrances ou facilités dramatiques »

2 - cette surenchère dramatique apporte au film une couche de lecture supplémentaire et témoigne de l’expansion considérable de la culture américaine dans l’après-guerre. A propos du final, scène la plus explicitement empruntée au film noir, le critique Louis Chauvet parlera d’ "un véritable bain de sang digne du film hollywoodien le plus violent." (Le Figaro, 09/09/1949). Ha ha ! "bain de sang"...ya trois gouttes qu'est-ce qu'il dirait le Louis Chauvet des films en 2014 !

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02/05/2014 22:26 par tellurikwaves

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QUELQUES PISTES DE PRESENTATION

« Le lyrisme déborde et fait la preuve que le néo-réalisme ne se suffisait plus à lui-même »
Revue Action, 13/09/1949
*
Une épopée sociale : la foule sublimée
Largement placé sous le signe du collectif, Riz amer frappe par sa virtuosité et par sa mise en scène majestueuse de la foule. Dès la première séquence, d’amples mouvements de caméra accompagnent la marche des « mondines » vers le train qui les mènera à la plaine du Pô. Par la suite, De Santis confèrera aux scènes de récolte une dimension opératique renforcée par le chant des ouvrières, moyen poétique de
communiquer qui n’est pas sans évoquer le blues libérateur des champs de coton.
*
Les choix de mise en scène donnent ainsi à cette chronique sociale un aspect épique et héroïque qui place De Santis sous l’égide de deux grands noms. D’un côté, le cinéma révolutionnaire d’Eisenstein (La grève, 1925 ; Le Cuirassé Potemkine, 1925)– que le réalisateur découvre lors de sa formation au Centre Expérimental de Cinématographie. De l’autre, la démesure et la fibre sociale d’un King Vidor, réalisateur hollywoodien du bien nommé La Foule (1928) et du mythique et déjà musical Hallelujah (1929).

Comme le notera Georges Altman au moment de la sortie de Riz amer : « Comme les Russes en leur temps, les Italiens d’aujourd’hui découvrent un monde et une nature d’une fraîcheur et d’une fougue telles qu’il semble qu’on ne les ait jamais vus et dits ainsi. On a parlé de « réalisme » mais la réalité est ici transposée dans une poésie large, profonde, où le documentaire même prend un aspect lyrique. »
(Ce soir, 15/02/1950)

Une oeuvre engagée, un regard documentaire
Cette ambition formelle est au service d’un engagement profond et personnel de la part du cinéaste. En effet, De Santis porte un regard inquiet sur une certaine classe ouvrière et, plus particulièrement, sur les conditions de travail des femmes. Dans Riz amer, poétique et politique sont ainsi imbriquées. Quant au choix de tourner dans des décors naturels, il relève autant d’une démarche esthétique que d’une position éthique propre aux cinéastes du néo-réalisme : témoigner d’une réalité sociale de la manière la plus
objective mais aussi la plus humaniste possible et interpeller le spectateur, comme le montre le regard-caméra du reporter dans le tout premier plan du film.
*
On peut rappeler avec Roland Schneider que « Riz Amer est en premier lieu un document sur la condition rurale dans l’Italie d’après-guerre et la misère sexuelle des ouvrières de la péninsule. L’intrigue à suspense couvre avant tout un reportage violemment accusateur sur la situation inhumaine des « mondine », les ouvrières agricoles saisonnières du Piémont. » Et l’auteur d’ajouter : « En parfait technicien, le styliste De Santis crie son indignation face aux abus et injustices envers les exploités. »
(« Le néoréalisme italien », Cinémaction, n° 70)
Dossier documentaire – espace Histoire-Image – Médiathèque de PESSAC - 5 -
Une dimension tragique : l’influence du film noir et du mélodrame
« Le cinéaste de Riz amer et de La chasse tragique, dont toute l’oeuvre est résolument centrée
sur des problèmes sociaux et engagée au sens le plus complet du terme, enveloppe ses intrigues
dans un réseau qui est à mi-chemin du mélodrame et de l’opéra. »
Henri Agel, Cinémaction, n°70

©-DR-RISO AMARO de G.de Santis (1949) p9

02/05/2014 21:54 par tellurikwaves

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    02/05/2014 21:54 par tellurikwaves