©-DR-COURS LOLA,COURS ! p10
05/04/2014 13:16 par tellurikwaves
Critique et analyse d'ABUS DE CINé(2)
Les techniques et médias utilisés
« Un film sur les possibilités de la vie, pour moi, c’est aussi forcément un film sur les possibilités du cinéma », a dit Tom Tykwer dans une interview sur son film. Le réalisateur a donc opté pour une utilisation multiple de techniques cinématographiques. Lola rennt se construit autour de quatre axes principaux à la fois techniques et artistiques : la vidéo, la photographie, l’animation et bien sûr le cinéma, que l’on pourra également décliner en plusieurs composantes. Chaque média possède sa fonction et sa signification dans le film de Tykwer, à travers un jeu d’utilisation tantôt classique, tantôt novateur.
Le cinéma décrit toutes les scènes impliquant l’un des deux personnages principaux : Lola et Manni. Toutes les séquences n’ayant pas de lien direct avec eux sont filmées en vidéo. Cette différenciation, que l’on ne perçoit parfois qu’inconsciemment, appuie le fait que le sort de Manni est bel et bien lié à celui de Lola, et que le couple forme, en vérité, LE personnage principal du film. Pour eux, le monde sans leur présence est virtuel, artificiel, voire irréel : la résolution vidéo, qui produit cet aspect granuleux à l’image, crée cette impression.
L’utilisation de la photographie est elle aussi motivée par une recherche de virtuel. Elle décrit tout ce qui est de l’ordre du futur, ou plutôt du possible. Le film, par l’intermédiaire de Lola, croise trois personnages apparemment très secondaires (Doris, la femme avec la poussette, Mike, le voleur de vélo et Mme Jäger, l’employé de banque) dont Tykwer nous donne le destin, différent dans chaque partie du triptyque. Le réalisateur s’en sert comme élément supplémentaire pour affirmer son point de vue : tout est possible dans le futur. Le destin de ces personnages est ainsi donné par une succession rapide d’images-clés fixes, soutenues par un son d’appareil photo et de flashs. Ces photographies représentent les images mentales (d’où l’absence de mouvement) que n’importe qui pourrait concevoir en tentant d’imaginer le futur de tel ou tel personnage. Il s’agit donc de flashes d’anticipation conditionnelle, mis en parallèle avec le parcours de Lola, afin d’appuyer le propos du film.
La technique d’animation a une utilité plus complexe. Elle intervient dans le premier générique du film ainsi qu’au début de chaque partie composant le triptyque. Tykwer l’a probablement choisie à la fois pour ses possibilités techniques (la séquence des escaliers aurait été impossible à tourner telle quelle dans la réalité) et esthétiques. L’animation permet tout d’abord de contaminer le reste du film de certains motifs: la spirale (à la fois dans le tunnel où Lola court durant le générique et dans les escaliers), la complémentarité des couleurs rouge et vert, le temps (horloge, balancier). C’est aussi le point de départ de l’action puisque c’est dans la scène animée de l’escalier qu’intervient le premier obstacle de Lola : le garçon et son chien. Selon ce qui lui arrive à cet instant, Lola possède un retard plus ou moins important qui, même s’il est de l’ordre de quelques secondes seulement, va déterminer les actions qui suivront, ainsi que ses choix. C’est en tout cas le premier élément changeant dans chaque version (les obstacles du vol du scooter et de la perte du sac, dans le flash-back, étant inchangés, on les considérera comme non déterminants). Le dessin animé crée donc un point de départ essentiel dont dépend toute la suite : elle est la transcription graphique de l’effet papillon, et en même temps une sorte de messager du destin.
L’utilisation "classique" du cinéma peut être découpée en plusieurs éléments de significations différentes. Le noir & blanc transcrit de manière traditionnelle le flash-back mais il est intéressant de noter que seuls les flash-back que racontent Manni et Lola sont montrés ainsi. Les séquences de transition entre les différentes parties sont, elles, filmées avec une lumière rouge qui inonde l’image. Cette distinction nous fait entrer dans l’inconscient de Lola. C’est par ailleurs les seules séquences calmes où la caméra est totalement spectatrice. Cette couleur rouge et le silence présent dans les deux séquences ainsi filmées créent une sorte de zone de "coma", qui se situe entre la vie et la mort. Elles sont le reflet de la devise du personnage de Lola : « je refais le monde selon mes désirs ». Ces scènes détaillent la volonté de Lola de contrôler son destin et celui de Manni, et ainsi de combattre la spirale et les photographies du générique. C’est aussi un peu la métaphore du "réalisateur dieu" qui décide du sort du film et de ses personnages, l’éclairage rouge de ces scènes rappelant d’ailleurs celui des laboratoires où le photographe révèle son œuvre.
Enfin, il y a la séquence pré-générique qui, même si elle n’est liée ni à Lola ni à Manni, utilise le média cinématographique. Ce prologue a pour but de lancer le caractère philosophique du film et de donner le ton à la narration, entre réalité et irréalité. Il permet aussi de tromper le spectateur puisqu’il met en évidence des personnages que l’on peut imaginer essentiels et qui s’avèreront être secondaires. Cela a pour effet de mettre en avant la coexistence de la foule et de l’individu, et de montrer que le film aurait pu parler de n’importe quel individu, chacun étant aussi intéressant qu’un autre (propos repris par les flashes d’anticipation conditionnelle dont nous avons parlés précédemment).
Critique et analyse d'ABUS DE CINé
IL ETAIT UNE FOIS... COURS, LOLA, COURS, DE TOM TYKWER
Les détails au service du tout
Après « Die Tödliche Maria » (1993) et « Winterschläfer » (1998), c’est « Lola rennt » qui a fait connaître Tom Tykwer dans le monde entier. Depuis, il a réalisé « L’Enquête », « le Parfum », « Die Prinzessin und Der Krieger » et « Heaven », adapté d’un scénario de Kieslowski. Mais le premier rapprochement que l’on peut faire entre Tykwer et Kieslowski, c’est justement « Lola Rennt ». Ce film explore, comme « Le hasard » de Kieslowski, trois possibilités de vie pour une seule personne.
Dans « Lola rennt », c’est une course contre la montre : l’héroïne a vingt minutes pour sauver l’homme de sa vie en trouvant 100 000 marks. Le film présente une nouvelle facette du cinéma allemand, sur fond de musique post-moderne électronique, co-composée par le réalisateur lui-même. L’œuvre se base donc sur un triptyque métaphysique, fondé sur des questions de temps et sur le principe de causalité. Afin de servir son propos, Tom Tykwer a recours à une chose fondamentale : le détail.
Le tout est de savoir comment le cinéaste fonde son film (et ses messages), à travers une mise en scène s’établissant sur des techniques et motifs qui traversent le film. Nous étudierons ainsi la manière dont les détails révèlent à la fois les changements et les liens entre les trois parties du film, mais aussi entre les personnages et les lieux.
Fiche technique
Titre original : Lola rennt
Titre français : Cours, Lola, cours
Réalisation : Tom Tykwer
Scénario : Tom Tykwer
Production : Stefan Arndt
Musique originale : Tom Tykwer, Reinhold Heil et Johnny Klimek
Photographie : Frank Griebe
Montage : Mathilde Bonnefoy
Pays d'origine : Allemagne
Langue originale : allemand
Durée : 81 minutes
Format : Couleurs - 1,85:1 - Dolby Digital - 35 mm
Dates de sortie :Allemagne : 20 août 1998
France : 7 avril 1999
États-Unis : 18 juin 1999
Site officiel
http://www.sonypictures.com/classics/runlolarun/
"Je ne sais pas de quoi les gens ont peur. Peut-être qu'ils pensent que leurs enfants seront influencés mais je dois vous dire, j'ai été élevée par deux hétérosexuels. Partout où je regardais il y avait des hétérosexuels.Et ils ne m'ont pas influencée. Il est temps que nous aimions les gens pour ce qu'ils sont et qu'ils aiment qui il veulent."
Ellen DeGeneres
Q-Vous êtes à la fois la co-réalisatrice, co-productrice et la scénariste de ce film. Combien de temps de travail représente un projet comme celui-ci ?
R-Eh bien, nous avons probablement passé 6-8 mois à écrire et retravailler le script. Ensuite, au printemps 2007, nous étions prêtes à faire passer les auditions. Au début, nos premières auditions ont eu lieu à San Francisco à la fin du printemps mais on a vite compris que pour trouver les talents dont on avait besoin, il fallait qu’on aille à L.A. Finalement, on a fait quelques auditions ciblées, en prenant des actrices lesbiennes pour incarner les rôles. C’est comme ça qu’on a trouvé Ashleigh, Cathy et Jessica. Jill s’était déjà engagée pour le rôle de Casey après avoir lu le script. En fait, Ashleigh était venue auditionner pour le rôle de Jen mais nous savions qu’elle ferait une super Lola.
La distribution était scellée en juillet et on a commencé à tourner à San Francisco en octobre. Ashleigh jouait dans une pièce à L.A donc on a interrompu le planning et on a fait plus de prises fin novembre-décembre. Il y a eu plusieurs journées de tournage supplémentaires au cours de l’année et demi suivante. Donc ça a été un long processus. On a commencé le montage pour de bon fin 2008 et le film a fait sa première au Festival Frameline du Film Gay et Lesbien de San Francisco en juin 2009.Il y a plusieurs raisons pour lesquelles ça a mis longtemps à se terminer. Megan et moi travaillons toutes les deux (on enseigne à l’Université) et on a payé pour ce film en grande partie avec nos propres économies donc on était dans une situation où il nous fallait "trouver" plus d’argent pour chaque nouvelle étape du processus.
Q-Vous avez écrit l’histoire ensemble et réalisé le projet à deux. Aviez-vous déjà collaboré auparavant ? Comment est venue l’idée de ce travail à quatre mains ?
R-Megan et moi étions amies mais partagions un amour commun pour la réalisation de films donc on a parlé pendant un moment de collaborer sur un projet. Quand elle a eu fini un documentaire sur lequel elle travaillait, on a enchaîné sur Lola.
Q-Comment vous êtes-vous organisées et avez-vous partagé le travail ?
R-Je pense que Megan et moi apportons différentes forces dans la balance. Une fois sur le tournage, Megan s’est plus occupée des acteurs pendant que je supervisais plutôt les trucs techniques. D’ailleurs, c’était en fait génial d’avoir deux "réalisatrices" étant donné tout ce qu’il fallait gérer. Deux têtes valent toujours mieux qu’une et je pense qu’on a fait une bonne équipe. Une fois le tournage terminé, quand on est passées au montage, ça a été vraiment facile parce que Megan et moi partageons un même sens de l’esthétique. De plus, avec les films indépendants, c’est facile de s’essouffler. Ça implique beaucoup de stress et de pression financière donc ça aidait d’être deux pour se pousser de l’avant en quelque sorte. Je ne pense pas que ce film aurait pu se faire si nous n’avions pas travaillé ensemble en équipe.
Q-Vous l’avez déjà expliqué, votre film est inspiré de Cours Lola, Cours, ce film à suspense allemand. Mais, mis à part le prénom de Lola et la course contre la montre de l’héroïne pour la personne qu’elle aime, les deux films sont totalement différents. Considérez-vous votre film comme un remake ou juste comme un clin d’œil ?
Q-Ce n’est certainement PAS un remake. Nous n’avions aucune intention de faire un "remake" d’un classique du cinéma. Pour autant, nous voulions rendre hommage là où l’hommage était dû, d’où notre choix de nommer le personnage principal LOLA. Ce qui nous a attirées dans la structure cinématographique de Run, Lola, Run c’est que ça ouvrait des possibilités. Surtout pour un film à petit budget comme le nôtre, c’était sympa de faire faire à Lola des cascades grâce à l’animation. Opter pour l’utilisation de photographies nous a aussi permis de "jouer" avec la narration sans avoir à dépenser plus d’argent. C’est évident que notre LOLA est un garçon manqué dans le plus pur sens du terme alors que dans le film original, on se demande parfois pourquoi Lola se donne même la peine de courir pour sauver le mec. Je veux dire, il n’est pas si beau que ça en réalité.
Q-Vous pouvez nous l’avouer, vous n’avez pas résisté à l’idée d’en faire une lesbienne en voyant Franka Potente qui passe tout le film à courir en débardeur, cheveux rouges au vent ! Plus sérieusement, comment vous est venue l’idée de ce film ?
R-Je m’en remets à Megan pour cette question puisque c’était son idée d’utiliser en quelque sorte Run, Lola, Run comme point de départ. Cependant, à partir de là, c’est ensemble qu’on a développé l’histoire, les personnages et les intrigues du scénario. Je pense que le film est réellement fait comme un clin d’œil à Run, Lola, Run, mais ça s’arrête là.
Q-Comment vous est venue l’idée de remplacer les scènes d’action par un aspect bande dessinée ?
R-C’est simple, ça nous a fait économiser de l’argent. En plus, on a eu la chance de trouver une talentueuse graphiste lesbienne, Jett Atwood, pour le projet. Elle est venue à nous avec ses propres idées sur comment on pourrait s’ouvrir des horizons grâce à l’animation. Je ne pense pas que tout le monde "pige" tout mais moi j’adore les séquences
Sites externes (sans ces saloperies de Trailers et d'extraits vidéo)
Commentaires
L'originalité de Cours, Lola, cours tient dans sa manière de traiter trois fois la même histoire. À deux reprises, le film recommence en effet au début de l'histoire. Chacune des deux nouvelles versions débute sur la mention « Et si... » à l'écran et propose alors une histoire alternative où les choses ne se déroulent pas de la même manière.
Lola, le personnage principal, passe presque tout le temps du film à courir, et quand elle ne court pas, la vitesse du film ne ralentit pas pour autant. Le film s'inspire de l'esthétique des clips vidéo, par son rythme et ses couleurs (Lola a les cheveux rouge vif et certains plans sont réalisés en style « dessin animé »). Les plans de caméra se succèdent les uns aux autres à une vitesse effrénée durant tout le film. La musique d'inspiration techno est omniprésente, notamment pendant que Lola court, alors qu'il n'y a pas de dialogues. L'action se passe d'ailleurs à Berlin, la ville de la Love Parade, réputée pour ce genre de musique.(j'ai adoré la bande son)
Influence
Cours, Lola, cours est l'un des films allemands les plus importants des années 90.Il a influencé le cinéma allemand et au-delà puisque le premier épisode de la série Alias(?? tu parles d'une référence!) multipliait les clins d'oeil à Cours, Lola, Cours : musique, cheveux teints en rouge ...
Cast
Franka Potente : Lola
Moritz Bleibtreu : Manni
Herbert Knaup : le père de Lola
Nina Petri : Jutta Hansen
Armin Rohde : M. Schuster
Joachim Król : Norbert von Au
Ludger Pistor : M. Meier
Sebastian Schipper : Mike
Julia Lindig : Doris
Suzanne von Borsody : Mme Jäger
Heino Ferch : Ronnie
Cours, Lola, cours (Lola rennt), est un film allemand réalisé par Tom Tykwer et sorti en 1998.
Résumé
Lola et Manni ont vingt ans et vivent le parfait amour depuis quelque temps... D'une cabine téléphonique de Berlin, Manni appelle affolé sa petite amie Lola. Ce dernier, coursier pour un traficant de drogue local devait livrer un paquet contre réception d'une somme de 100.000 marks.
La réussite de l'opération devait décider de l'importance de ses missions futures. Pourtant, trop pressé d'éviter les inspecteurs du métro, Manni a oublié le sac et son contenu sur le siège d'une rame.Or, l'argent doit être remis dans 20 minutes, faute de quoi sa vie sera en danger... Lola lui fixe rendez-vous et s'emploie dès lors de toutes ses forces à trouver de l'argent