©-DR-INTOUCHABLES de Eric Toledano et Olivier Nakache (2011) p32
13/02/2014 03:04 par tellurikwaves
L'Avis de Tout le Ciné
La comédie française gagne ses lettres de noblesse avec Eric Toledano et Olivier Nakache, qui s'inspirent d'une histoire vraie pour leur nouveau film Intouchables. En mettant en lumière la cohabitation tumultueuse entre un aristocrate tétraplégique et un jeune de banlieue à l'énergie communicative, ils signent une comédie irrésistible qui nous touche en plein coeur.
Souvenez-vous... Eric Toledano et Olivier Nakache ne sont pas nés de la dernière pluie. Ensemble, ils ont signé trois films : Je préfère qu'on reste amis, Nos jours heureux et Tellement proches. Au coeur de leur filmographie : l'amitié, la famille, l'enfance et la transmission. S'appuyant sur une écriture soignée et un rythme très précis, le tandem puise dans l'énergie de ses comédiens (ici, Omar Sy et François Cluzet) pour donner une respiration savoureuse à leur comédie.
Ainsi, passe-t-on d'une réplique déjà culte («Pas de bras, pas de chocolat») aux épines dans le coeur de Philippe, qui confessera «Mon vrai handicap, c'est pas d'être en fauteuil, c'est d'être sans elle». Ensemble, ces deux personnages vont se (re)construire et c'est cette cohabitation-là qui les fera avancer chacun leur tour. L'émotion naît de l'humour et vice-versa. Dépassant le simple clivage gars des cités / riche aristocrate, ils ajoutent du coeur à l'ouvrage et prouvent que Bach peut rimer avec Barry White et que Vivaldi et les Earth, Wind & Fire ne sont pas incompatibles.
Pour tous les familiers d'Eric Toledano et Olivier Nakache, on appréciera le nouvel élan donné à leur cinéma. Plus mature, peut-être plus profond, ou en tous cas plus à l'aise avec la tragédie, ils ont su manier leur art avec dextérité, sans pour autant oublier leurs comédiens de prédilection (on appréciera l'apparition de Joséphine de Meaux et Omar Sy, plus craquant que jamais). Point de mièvrerie ici, mais des élans vitaux, une justesse dans le propos et l'envie, toujours présente de donner du sens à la comédie, sans renier son aspect populaire et donc divertissant. Un geste noble.
Par Laure Croiset
Livres sur le cinéma
Dans leur livre Le Personnage, Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin, historiens et théoriciens du cinéma, remarquent qu'Intouchables est construit sur deux archétypes de personnages, décrits par les Égyptiens d'une Antiquité éloignée de nos jours de plus de 6000 ans : la légende osirienne, basée sur les grands problèmes de l'humanité, ici le deuil et la survie. Cette filiation explique sans doute l'impact sur le grand public du monde entier :
« Intouchables s’appuie sur deux archétypes de la légende osirienne, même si les auteurs n’en étaient pas forcément conscients en créant les personnages, d’autant qu’ils sont partis d’un récit autobiographique... Driss ne se cache pas derrière une quelconque pitié, celle que les esprits médiocres réservent aux handicapés. Quand il lui faut donner son avis à Philippe, il ne se fait pas prier, sa tendance à se considérer comme tant fait du même bois qu’un riche lui fait aussi oublier que son patron est dépendant de lui pour le moindre désir.
Driss ramène petit à petit Philippe sur le versant de la vie, n’hésitant pas à blaguer à propos de son infirmité, une façon de faire la nique au destin, mais surtout — une fois que le jeune a constaté la gravité des dégâts en auscultant à sa manière le corps de son patient — il se conduit avec lui à égalité et ne voit en Philippe que l’être humain... Il force Philippe à affronter la réalité et à se déclarer auprès d’une jeune femme valide avec laquelle il entretient une chaste correspondance depuis de longs mois.
Détruit, le corps de Philippe est comme celui d’Osiris, il tomberait en pièces s’il n’était maintenu par une sangle. Sur son fauteuil, la paralysie le fixe dans une position hiératique semblable à celle du" Roi du monde des ténèbres". Anubis-Driss rechigne à exécuter sur lui des tâches intimes, telles que celle de « lui vider le cul », ce qu’avait fait Anubis en éviscérant la dépouille mortelle reconstituée d’Osiris »
Réception/Presse
L'Express salue en Intouchables « une réussite totale. Le film ose tout et c'est à ça qu'on le reconnaît ». Pour Le Nouvel Observateur, Intouchables « fait partie de ces films très rares qui réchauffent le cœur et donnent à réfléchir sur l’insigne fragilité de la condition humaine sans apitoiement ni complaisance ». Le Monde salue la « tendre drôlerie » du film, qui le fait passer « dans une catégorie supérieure, du côté d'une comédie populaire déliée et élégante ». Marianne décrit « Intouchables ou la France telle qu'elle se rêve. Tout ce qu'on n'est pas, qu'on ne vit pas, qu'on n'accepte pas nous est offert dans un film magique qui fait de nous ce que nous rêvons d'être. » Pour Télérama, le critique Frédéric Strauss voit dans ce film « un plaisir fort, jamais forcé, et une sensibilité juste, pudique au fond.
Le magazine Cahiers du cinéma est très négatif vis-à-vis d’Intouchables, qu'il pense comme « condamné à une guimauve dégoûtante, et à un appel déplacé à " ceci est tiré d'une histoire vraie ". ». Le magazine Libération Next du 3 décembre 2011, n'apprécie pas le film et considère que : « ce qu’Intouchables nous montre c’est que, s’il y a des mauvais pauvres comme Driss, c’est parce que les riches n’ont pas su leur transmettre convenablement les principes qui leur permettraient de mieux s’assujettir à un ordre social injuste. Une morale qui rappelle la théorie de la panne des institutions éducatives pour apprendre aux pauvres la soumission à un monde devenu de plus en plus inégalitaire. ».
Le journal L'Humanité du 2 décembre 2011, se demande : « Le succès d'Intouchables est-il proportionnel à la détresse sociale actuelle ? ». Aux États-Unis, une analyse parue dans Variety juge le film « offensant » car flirtant avec le racisme.Les critiques recensées sur AlloCiné lui attribuent la note moyenne de 3,7/5 au film soit 14,8/20. Selon un sondage BVA réalisé pour la Fnac, en partenariat avec Le Parisien et Europe 1, publié jeudi 22 décembre 2011, le triomphe du film constitue pour 52 % des Français l'événement culturel le plus marquant de l'année 2011, devant The Artist et qui talonne la saga Harry Potter.