©-DR-EN CAS DE MALHEUR de Claude Autant-Lara (1958 ) p19
10/02/2014 11:29 par tellurikwaves
8 avril 1957 à Paris alors que la reine d'Angleterre est en visite officielle en France. Yvette Maudet cambriole une petite bijouterie avec sa copine Noémie. Le hold-up échoue. Elles se sauvent non sans avoir assommé la bijoutière. Sachant Noémie arrêtée, Yvette se présente chez Maître André Gobillot afin de lui demander de la défendre et lui propose ses charmes pour tout paiement.
Au désordre libre de la passion, Autant-Lara oppose le monde des conventions : des plus caricaturaux (l'avocat de la défense ou la secrétaire Bordenave à genou devant la reine et le prince Philippe) aux plus respectables (sa femme). L'amour sincère entre Yvette et André Gobillot défie les conventions non seulement par l'âge mais aussi par la liberté que s'accordent les amants (Yvette couche avec Mazetti et offre en contrepartie Jeanine à André). Cet amour, sanctifié par la naissance d'un enfant, n'est pas menacé par la société mais par la passion toute aussi forte de Mazetti.
Autant Lara illustre plus qu'il ne transcende le roman de Simenon. Gabin fait du Gabin, bien plus crédible en père protecteur qu'en amant passionné (il ne se défait jamais de son costume). Bardot a bien du mal à le rendre un tant soit peu naturel alors qu'elle excelle de charme et de sensualité seule dans le lit, faisant son numéro de soubrette, nostalgique devant le scooter.Le plan, final celui de Gabin sortant seul de l'hôtel derrière lequel se profile l'usine, dit quand même le tragique gâchis pour chacun des trois personnages.
La critique T.V de Télérama 02/07/2011
Genre : drame très noir.
A la suite d'un casse, Yvette veut se faire défendre par le célèbre maître Gobillot. Ce dernier tombe sous le charme... Dans ses Mémoires, Jean Aurenche (le scénariste) raconte que, sur le tournage, pour agacer son metteur en scène, qu'elle savait très prude, Bardot quittait ostensiblement, chaque jour, la cantine avec un technicien différent. Une anecdote qui révèle l'abîme existant entre Autant-Lara, précis, maniaque, et Bardot, qui n'était qu'instinct et légèreté.
Comment deux êtres aussi dissemblables auraient-ils pu s'entendre ? D'où ce film bancal, un peu trop noir, un peu trop lourd, où un metteur en scène contemple, sans la comprendre, une personnalité fabuleuse, qui, grande actrice ou non, dynamitait les clichés d'un cinéma verrouillé. Revoir "En cas de malheur", c'est contempler un film très démodé sur un phénomène sexuel qui ne l'est pas : Bardot qui secoue ses cheveux, Bardot offerte à chaque instant et pourtant inaccessible.
Pierre Murat
Edwige Feuillère
Critique de L'Oeil sur l'écran/LE MONDE
En cas de malheur est adapté d'un roman de Georges Simenon qui fait se rencontrer deux êtres que tout oppose : l'un est un grand bourgeois, réfléchi, avec l'assurance que procure la réussite sociale, mais aussi empêtré dans les conventions de son milieu, l'autre est une jeune écervelée, libérée, frivole et délinquante. Le sujet était audacieux dans les années cinquante, il le paraît beaucoup moins aujourd'hui. Le film peut même sembler un peu ennuyeux, d'autant plus que si Gabin est parfait dans ce rôle qui lui va comme un gant,
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Brigitte Bardot montre ses limites en tant qu'actrice, tout comme Franco Interlenghi d'ailleurs. Claude Autant-Lara n'était peut-être pas très à l'aise pour diriger l'actrice, véritable petite bombe qui bousculait le cinéma français mais qui avait besoin d'être étroitement dirigée. En cas de malheur fut un grand succès populaire, sans doute un peu porté par le propos légèrement sulfureux (il y a même une scène très suggestive de ménage à trois).
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