©-DR-VOICI LE TEMPS DES ASSASSINS de Julien Duvivier(1956) p14
09/02/2014 08:46 par tellurikwaves
Duvivier a fait le choix de tourner en décors naturels. Il restitue la vie grouillante des anciennes Halles, sur fond des pavillons Baltard anéantis par d’autres démolisseurs, destruction dont Paris porte encore les stigmates plus de 40 ans après leur disparition. Les rares instants animés d’un semblant de chaleur humaine sont les séquences d'ensemble au restaurant et à la guinguette des Chatelin, scènes que Duvivier évite de transformer en iconographie parisienne. Des personnages fortement dessinés, dans l'humanité comme dans la noirceur, une excellente histoire et un scénario intelligent font de ce film l'un des meilleurs de Duvivier.
« Le film Voici le temps des assassins qui immortalisa notre jeunesse et un certain cinéma. J’avais une passion pour Julien Duvivier et pour tous ses films bien que je ne sois pas de la même génération. Je n’imaginais donc pas qu’il puisse faire appel à moi et lorsqu’il me demanda à me rencontrer, je me sentis dans mes petits souliers. Ce premier rendez-vous est encore très présent dans ma mémoire. Duvivier était très impressionnant, sec, précis. Il me parla d’une traite de son film, me demanda de lire le scénario pour lui donner rapidement ma réponse. À prendre ou à laisser : apparemment d’autres actrices étaient déjà sur les rangs.
Sidérée par la pression qu’il mettait sur mes épaules, je lus tout le script dans ma voiture garée le long d’un trottoir. Plus j’avançais dans sa lecture, moins je comprenais pourquoi Duvivier avait pensé à moi. Cette diabolique jeune femme au visage d’ange capable de mensonge, de sournoiserie, de meurtre, je pouvais donc la jouer ? Manipuler Gabin, le mener par le bout du nez, en faire mon jouet, était-ce possible ? Y croirait-on ?Le défi était de taille.Je dis oui immédiatement, sentant que ce rôle pourrait peut-être me projeter vers autre chose.Et puis,tourner avec Gabin,comment ne pas courir ?
Le tournage s’étalait sur dix semaines. Sur le plateau de Billancourt, on avait reconstitué les vieilles halles de Paris. Décors à l’identique comme on les fabriquait à l’époque. Et, sur quelques mètres carrés, une petite chambre avec le lit nuptial pour Jean, restaurateur des Halles, et moi, sa jeune épousée. […] Perché sur son tabouret, Duvivier gardait les yeux fixés sur nous comme un oiseau de proie. […] Oui, ce fut un vrai cadeau pour moi que cette histoire glauque d’un restaurateur abusé par une meurtrière qui se faisait déchiqueter par le chien de sa victime. Personnellement, j’en ai gardé un grand souvenir.
On apprend beaucoup auprès des grands. Ce film fait partie des « classiques », et les spectateurs le demandent souvent lorsqu’ils souhaitent revoir « un » Gabin ou « un » Duvivier. Il y a encore un an, il fut projeté sur un écran en plein air et le public semblait impressionné par cet univers crépusculaire (magnifique photographie en noir et blanc d’Armand Thirard !), ému, tour à tour, par la gouaille et la noirceur des films des années 50. »
— Danièle Delorme, Demain, tout commence, Éditions Robert Laffont, 2008
« Duvivier a tourné 57 films ; j'en ai vu 23 et j'en ai aimé 8. De tous, Voici le temps des assassins me semble le meilleur. »
— François Truffaut, in Antoine de Baecque, Serge Toubiana, François Truffaut, 2001
Tournage
« Le sujet n'a pas été facile à trouver. Notre premier scénario est tombé à l'eau : Gabin montait un hold-up au Casino d'Enghien.[...] Nous imaginons ensuite une histoire de garagiste, que Gabin refuse. L'acteur n'était pas facile ; il voulait jouer autre chose,il avait déjà été garagiste, il refuse tout, dit toujours non.Revenant de Saint-Tropez, où nous [Duvivier & Bessy] nous étions installés pour travailler, nous nous arrêtons dans un grand restaurant de Saulieu. Et tout à coup l'idée nous est venue ; nous avions notre histoire. « Gabin aime la bonne bouffe, me dit Duvivier, il acceptera de jouer un restaurateur. »
— Maurice Bessy (scénariste) in Christian Gilles, Qualité française, 1951-1957, Éditions L'Harmattan, 2000
Titre : Voici le temps des assassins
Réalisation : Julien Duvivier, assisté
de Michel Roumanoff et Gérard Renateau
Scénario : Julien Duvivier, Maurice Bessy, Charles Dorat
Adaptation, dialogue : Julien Duvivier,
Charles Dorat, Pierre-Aristide Bréal
Musique : Jean Wiener
La chanson La Complainte des assassins est interprétée par
Germaine Montéro, paroles de Julien Duvivier et
musique de Jean Wiener (Éditions Enoch et Cie)
Photographie : Armand Thirard
Opérateur : Louis Née, assisté de Jean Dicop et Robert Florent
Son : Antoine Archimbaud assisté de Jacques Gerardot
Montage : Marthe Poncin
Décors : Robert Gys,
assisté d'Yves Olivier, Fred Marpeaux
Costumes : Jacques Cottin
Maquillages : Gérard Bouban
Coiffures : Yvonne Gaspérina
Scripte : Denise Morlot
Trucages : LAX
Accessoiristes : Albouze et Protat
Photographe de plateau : Roger Corbeau
Administrateur : Roger Morand
Régisseur général : Tonio Sune
Régisseur extérieur : Georges Kougoucheff
Pays d'origine : France
Langue : français
Producteurs délégués : Raymond Borderie,
Pierre Cabaud, René Bézard, Georges Agiman
Sociétés de production : CICC (France),
Les Films Georges Agiman (France),
Pathé Cinéma (France)
Directeur de production : Robert Bossis, Charles Borderie
Assistant de production : Pierre Duvivier
Secrétaire de production : Yvonne Rocques
Société de distribution initiale en salles : Pathé Consortium Cinéma
Format : noir et blanc — 35 mm — 1.37:1 —
son monophonique (Western Electric Sound System)
Tirage : Laboratoire Franay LTC Saint-Cloud
Genre : drame
Durée : 113 minutes (1 h 53)
Dates de sortie : 11 avril 1956, 8 octobre 1957
Mentions CNC : tous publics, Art et Essai (visa d'exploitation no 17767)