© DR -LE COUTEAU DANS L'EAU de Roman Polanski (1962) p13

02/10/2013 12:27 par tellurikwaves

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    02/10/2013 12:27 par tellurikwaves

 

par Alexandre Tylski, Université Toulouse II (suite 7)
 
Rapports d’identification
 
Si le voyage en voilier est une initiation pour ce jeune auto-stoppeur,il l’est aussi pour Andrzej.Car ce jeune a du caractère et a une influence notable sur son aîné. Ce dernier sifflera sans s’en rendre compte le même air que l’auto-stoppeur, s’entraînera secrètement au couteau comme ce jeune et sera irrité de le voir grimper au mât si aisément.L’auto-stoppeur est têtu,voire insolent,et lance au milieu du repas:"mouton"Le mari se sent offensé croyant à une vague insulte, mais le jeune reprend : « Un mouton dans le ciel, ce nuage ressemble à un mouton. » Andrzej, n’est derrière sa façade de capitaine, qu’un pantin du pouvoir (il a en les signes extérieurs de richesse).
 
Le jeune, lui, a un caractère bien trempé, peut-être parce qu’il est un voyageur,indépendant, cosmopolite, tout comme Polanski :«Je suis fier d’être un nomade. J’ai toujours pensé à aller ailleurs. D’aussi longtemps qu’il m’en souvienne, j’ai trouvé ridicule l’importance que les gens attachent aux frontières. (…) A l’école, on me traitait de cosmopolite. C’était un crime pendant l’époque stalinienne ! » (propos publiés dans Téléciné n.147, 1968).
*
Le mari, lui, est « installé » dans son confort mais envie sans nul doute la liberté de ce jeune. Inversement, Krystyna dira au jeune à la fin : « Il était comme toi. Tu rêves d’être lui. » Le jeune enfilera d’ailleurs la chemise de nuit du mari.Début de"transfert"et de transformation (à l’image peut-être du ciel dans le film qui ne cesse de muer).Pourtant, le film ne saurait justement se résumer à cette lutte. Comme le souligne Jean Collet : « La nouveauté – par rapport à Mammifères – c’est qu’auprès de ces deux coqs, il y a une femme.
 
Par sa nature elle est étrangère à ces jeux masculins.Elle pourrait s’y exalter,encourager la lutte,chercher un vainqueur.Au contraire,elle en ressent la vanité profonde.Elle sait qu’il n’y a jamais ni vaincu,ni vainqueur qu’au terme de cette « escalade », il faut un mort. Et un remords."(Télérama, 16/04/1967).La nouveauté aussi est la sensualité avec laquelle Polanski filme désormais, de par le sujet certes, mais aussi par la possibilité qui lui est enfin offerte de développer, dans l’étirement, le lien entre le corps et la caméra – et non plus dans la vitesse comme ce fut le cas dans ses premiers courts-métrages.
 

© DR -LE COUTEAU DANS L'EAU de Roman Polanski (1962) p12

02/10/2013 12:17 par tellurikwaves

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    02/10/2013 12:17 par tellurikwaves

 

par Alexandre Tylski, Université Toulouse II (suite 6)
 
Etre gonflé ou se dégonfler 
 
LE COUTEAU DANS L'EAU décortique les compétitions incessantes entre un homme d’âge mûr et un jeune étudiant. Elles ont l’aspect par exemple d’une compétition de « soufflage de matelas » à l’intérieur du voilier : qui gonflera le plus vite ? Polanski filme la scène, sans équivoque et avec beaucoup de dérision. Cette émulation masculine devient burlesque: les deux hommes soufflent et scrutent avec envie et inquiétude la taille du gonflage de l’autre. Polanski reviendra sur cette idée de gonflage(ces deux hommes n’ont-ils pas la tête qui enfle par leur orgueil démesuré ?) lorsque Andrzej soufflera dans son crocodile en plastique, Polanski s’arrangeant pour que le crocodile soit à hauteur de ceinture – donnant ainsi l’illusion que cet homme gonfle son propre sexe.
 
Les allusions sexuelles sont ainsi distillées tout le long du film. D’abord la voiture, puis la compétition autour des jonchets et du lancée de couteau. Les deux hommes, côte à côte, parleront aussi de la taille de la boussole : « Grosse boussole », lance le jeune homme.  "Trop grosse pour l’auto-stop"répond Andrzej. Et le voyage pour eux d’être un éternel défi : qui abandonnera le premier ? Qui s’en ira (le jeune homme est tenté à plusieurs reprises de partir) ? En somme, qui se dégonflera et qui aura le dessus sur l’autre ?
*
Lorsque Andrzej apprend au jeune à se servir du « manche », à conduire le voilier, il raille son incompétence novice alors que les cordages du voilier fouettent furieusement son jeune visage comme des coups de fouets. Andrzej cherche a instauré (à instaurer) un rapport de maître à élève sado-machiste (on pense alors au Gros et le Maigre en 1960 et plus tard au lien maître-élève du Bal des Vampires en 1967 et de Pirates en 1986). Mais l’auto-stoppeur, comme tous les novices dans les films de Polanski, ne se laisse pas faire. 

© DR -LE COUTEAU DANS L'EAU de Roman Polanski (1962) p11

02/10/2013 12:04 par tellurikwaves

  • © DR -LE COUTEAU DANS L'EAU de Roman Polanski (1962) p11

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    02/10/2013 12:04 par tellurikwaves

 

par Alexandre Tylski, Université Toulouse II (suite 5)
 
La masculinité selon Polanski
 
Dans La Bicyclette (1955), Polanski racontait comment un jeune malfrat l’avait assommé pour le voler. Dans Le Meurtre, un an plus tard, un gros bonhomme tue un jeune homme en le poignardant. Dans Rire de toutes ses dents, la même année, le mari d’une charmante jeune femme rit au nez du jeune voyeur. Dans Cassons le bal (1957), des voyous séparent violemment un jeune homme de sa cavalière. Dans Deux hommes et une armoire (1958) une bagarre virile éclate après la fuite d’une jeune femme.
*
Dans Quand les anges tombent(1959) deux hommes se font face et l’un d’eux finira inévitablement par tuer l’autre. Suivront les conflits de pouvoir et « de territoire » là aussi essentiellement masculins dans Le gros et le maigre (1960) et Les Mammifères (1962).
 
LE COUTEAU DANS L'EAU prolonge et surtout développe la perpétuelle violence des relations viriles vues par Polanski (sans compter les films suivants : Cul de Sac en 1966 ou encore Pirates dix ans plus tard), avec souvent, au cœur des luttes, un couteau (symbole phallique s’il en est) et une femme. Avec LE COUTEAU DANS L'EAU c’est aussi une femme au cœur de la guerre psychologique : « Dans l’espace étroit que représentent le pont et la cabine du voilier ce corps de femme à demi nu, qui va et vient entre les deux hommes, crée un climat érotique qui souligne et aggrave la tension psychologique. » (J. de Baroncelli,Le Monde, 26/04/1963).
 
Il y a, depuis les débuts de Polanski, quelque chose de « primitif » dans les fondements thématiques mêmes de ses récits, un éternel retour aux violences basiques et à une forme lointaine, ancestrale, de barbarie. LE COUTEAU DANS L'EAU est un des films, sinon le film, de Polanski où les rapports de force virils aura été une manière d’aborder en fait les rapports de corps en présence et de territoire, l’affirmation de l’identité sexuelle, mais aussi la question de l’humiliation et du pouvoir.Les"duos"chez Polanski,en réalité souvent"duels" permettent au cinéaste de revenir sur la loi de la rue et de la survivance, questions originelles, existentielles et intemporelles.
 

© DR -LE COUTEAU DANS L'EAU de Roman Polanski (1962) p10

02/10/2013 11:43 par tellurikwaves

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    02/10/2013 11:43 par tellurikwaves

 

par Alexandre Tylski, Université Toulouse II (suite 4)
 
Un homme et une femme
 
LE COUTEAU DANS L'EAU a un début cousin du Voyage en Italie(1953)de Roberto Rossellini : un couple en voiture part en vacances, vacances qui tournent à la rupture. Le générique du COUTEAU DANS L'EAU défile sur l’image de ce couple en voiture. Et le reflet des arbres sur le pare-brise fait apparaître des ombres et un sentiment de fuite et d’évaporation sur les visages, presque irrités, de ce couple. Nous n’entendons d’abord pas le couple parler dans leur voiture (fait assez rare au cinéma). C’est un voile, une distance, voire un masque (le son est masqué), qui sera levé, comme au théâtre.
*
La distance sonore ici souligne la froideur de leur relation, la gèle. Pendant le film, Andrzej et Krystyna ne se diront rien sinon des banalités quotidiennes que Polanski décrit minutieusement. Le dénouement sera révélateur, libérateur. Le voile jeté, le couple se déchaîne et se dit tout. L’homme: « Tu me débectes, sans moi tu serais une pute ». La femme: « Cabotin ! »
 
Dès l’incipit, la cocotte minute en vitre (la voiture, la machine) est en route et les rapports tendus de pouvoir déjà enclenchés : la femme laisse ainsi dès le début le volant à son mari, celui-ci peu satisfait de la manière de conduire de son épouse (peu satisfait de sa conduite). On retrouvera la métaphore du «comment (se) conduire »dans Tess en 1979 lorsque Tess ne voudra pas monter en voiture avec son paternaliste cousin car être conduit, on le sait,n’est pas commander.LE COUTEAU DANS L'EAU marque la première incursion  cinématographique de Polanski dans le couple (une incursion dont le point culminant à ce jour est l’intéressant Lunes de fiel, 1992, voire même La Jeune Fille et la mort deux ans plus tard).
 
Mais plus que le couple peut-être, Polanski s’intéresse à la place de la femme. Ou plutôt: c’est la femme qui prend place dans son cinéma (une émergence amorcée avec Quand les anges tombent en 1959). Du propre aveu de Polanski, les femmes dans ses films sont généralement des victimes (la vieille madame pipi des Anges…, puis Carol de Répulsion, Rosemary, Tess, la femme du docteur Walker dans Frantic ou encore La Jeune Fille). Mais elles n’aiment pour autant pas nécessairement être « menées en bateau. » 
 
L’émancipation de la femme est le sujet même de Tess, mais aussi du COUTEAU DANS L'EAU (dans sa conclusion), Lunes de Fiel (1992) et La Jeune Fille et la Mort (1994). Le couple homme-femme chez Polanski, qu’il ait une teneur politique ou non,est souvent un alibi pour parler d’une femme,de son amour des femmes. Et le duo masculin, un alibi pour parler des thématiques favorites de Roman Polanski comme nous allons le voir. 

© DR -LE COUTEAU DANS L'EAU de Roman Polanski (1962) p9

02/10/2013 11:15 par tellurikwaves

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    02/10/2013 11:15 par tellurikwaves

 

par Alexandre Tylski, Université Toulouse II (suite 3)
 
Un tournage mouvementé
 
L’équipe s’établit dans le nord de la Pologne, dans les lacs de la Mazurie. Pour filmer le petit voilier, une plate-forme flottante est installée sur l’eau, accompagnée non loin d’un bateau destiné aux électriciens et de plusieurs autres bateaux pour le remorquage et le transport. C’est sans compter sur les caprices du soleil et du vent obligeant souvent l’équipe à refaire intégralement certaines scènes. Mais c’est probablement l’actrice qui aura causé les plus vifs tourments sur le tournage car, outre son problème de poids de plus en plus préoccupant, sa mollesse et son inexpressivité exaspèrent l’ensemble de l’équipe. Ils tentent d’abord la douceur pour stimuler chez elle des réactions, mais sans résultat. Dans la scène où elle est supposée être surprise du retour de l’auto-stoppeur (alors qu’on le croyait noyé), le seul moyen pour l’équipe de la faire sursauter fut de tirer un coup de pistolet à fusée.
 
Le tournage du COUTEAU DANS L'EAU est aussi marqué par la mort d’Andrzej Munk (un des professeurs et mentors de Polanski) et l’emprisonnement de Polanski qui s’en suivit. Alors que Kuba Goldberg pleure la mort de Munk dans les toilettes, un policier entre et demande explication. « Kuba parvint à articuler d’une voix brouillée : « Foutez le camp et foutez-nous la paix. » Le flic l’arrêta sur le champ pour « outrage à un représentant de l’Etat ». Je voulus intervenir et ne parvins jamais qu’à me faire arrêter à mon tour Nous  passâmes la nuit dans des cellules séparées. » (A, p. 241).
 
Avec cette série de contrariétés, le tournage prend du retard. Et, pour ne rien arranger, la femme de Roman, Barbara (alors en tournage en Italie), évoque leur séparation. Il boucle néanmoins le tournage des scènes d’extérieur et, sur la route du retour, subit avec ses amis un grave accident de voiture. Polanski est blessé au crâne et tombe dans un coma de plusieurs jours à l’hôpital.
*
Deux semaines plus tard, il quitte l’hôpital contre l’avis général et tourne les scènes d’intérieur du film à Varsovie et envoie ses négatifs des Mammifères et du COUTEAU DANS L'EAU au développement. Mais un problème de taille finit de tourmenter Polanski : le son du COUTEAU DANS L'EAU est inutilisable. Polanski, mécontent de la voix de son actrice la fait doubler par une actrice professionnelle (qui par ailleurs trouve le film épouvantable) et double lui-même la voix de l’auto-stoppeur.
 

© DR -LE COUTEAU DANS L'EAU de Roman Polanski (1962) p8

02/10/2013 11:09 par tellurikwaves

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    02/10/2013 11:09 par tellurikwaves

 

par Alexandre Tylski, Université Toulouse II (suite 2)
 
Premières bases
 
LE COUTEAU DANS L'EAU est inspiré d’un voyage de Polanski en Mazurie (nord de la Pologne). C’est là qu’il découvre la voile : « Ce fut Kika qui me fit connaître les délices de la voile. Je passai avec elle quelques semaines idylliques au cours de l’été 1954 (…) j’ai appris les rudiments de la plaisance avec ses amis – une petite fraternité de plaisanciers avec ses signes de reconnaissance personnels, son jargon ésotérique et son dédain pour les terriens. » (A p. 158). De là sans aucun doute, ces images précises, empiriques, cette description (fascination) authentique pour l’eau et la voile imprimée dans LE COUTEAU DANS L'EAU.
 
Polanski écrit d’abord une nouvelle puis, sur les conseils du directeur artistique du groupe Kamera, écrit un scénario. Il demande à Jerzy Skolimowski (alors étudiant) de l’aider à consolider le script. En ressort beaucoup de bonnes choses pour le jeune Polanski. Ce dernier dira à propos du futur grand réalisateur polonais, Skolimowski: « Il est très sévère, très organisé et il m’a beaucoup appris. Il peut passer des heures à rayer dans un dialogue les lettres inutiles, je dis bien « des lettres » !Et c’est vraiment là que j’ai vu que, dans un dialogue, les « ah », « mais », « ben », et tout ça, c’est vraiment de la m… ! des trucs de faux dialogues qui prétendent imiter le langage parlé. »
*
(propos publiés dans Les Cahiers du Cinéma, numéro 75)
 
Roman séjourne un temps en France avec sa femme, Barbara, et ré-écrit sans cesse son scénario pour lui donner la meilleure construction possible. Et il le remanie en « ajoutant ici ou là des bouts de dialogues destinés à augmenter l’engagement social » (A, p.233). Cet aveu de Polanski sur l’engagement social en dit assez long sur son rapport à la politique. 
 
Toujours un peu à l’écart de l’actualité politique (comme on le verra avec l’épisode de mai 68), mais avec laquelle ses films sont inextricablement liés. Pour l’heure, Polanski « politise » davantage son scénario (discours sur la misère à la fin du film par exemple) et parvient ainsi à séduire le ministère de la culture polonaise. Il obtient les fonds, part en Pologne tourner son film en plein été 1961 et prend soin de s’entourer de visages familiers, des camarades de Lodz pour la plupart.
 
Pour les interprètes, il engage Leon Niemczyk (Andrzej, le mari) que Polanski décrit ainsi:  "acteur de théâtre expérimenté et bel homme dont le léger maniérisme convenait bien au personnage. » (A, p. 234). Roman envisage un moment de jouer lui-même le rôle de l’auto-stoppeur mais a peur d’être taxé d’égocentrique à force de vouloir tout faire. Il donne ainsi le rôle à Zygmunt Malanowicz, « un jeune acteur tourmenté dont le physique était idéal pour le rôle » (Ibid.). Il propose au départ à l’actrice Eva Kazyzewska (actrice dans Cendres et Diamants de Wajda) mais celle-ci refuse de tourner avec un débutant.
*
Polanski engage donc Jolanta Umecka (Krystyna, la femme), une non-professionnelle qu’il remarque dans une piscine à Varsovie. « La jeune femme dont j’avais besoin devait passer pour assez quelconque quand elle était vêtue. En même temps, quand elle se montrait en bikini, il fallait qu’on soit surpris de la voir opulente et voluptueuse. » (Ibid.).

© DR -LE COUTEAU DANS L'EAU de Roman Polanski (1962) p7

02/10/2013 10:59 par tellurikwaves

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    © DR -LE COUTEAU DANS L'EAU de Roman Polanski (1962) p7

    02/10/2013 10:59 par tellurikwaves

 

par Alexandre Tylski, Université Toulouse II (suite)
 
A la grande joie du jeune Polanski, LE COUTEAU DANS L'EAU décroche le prix de la critique à Venise en 1962. Polanski part dans l’été 1963 promouvoir LE COUTEAU DANS L'EAU à New-York et y connaît un très bon accueil (il fait notamment la couverture de Time) et lui vaut une nomination aux Oscars comme meilleur film étranger. Polanski dans un second voyage, cette fois à Los Angeles, visite Disneyland en compagnie de Federico Fellini juste avant la remise des prix. Il ne remportera pas l’Oscar (Fellini l’emporte grâce à Huit et Demi que Polanski vénère par ailleurs). Mais Roman s’entend proposer par la Twenty Century Fox de réaliser pour eux un remake du COUTEAU DANS L'EAU en couleurs ! 
 
Avec Liz Taylor, Richard Burton et Warren Beatty dans les rôles principaux. Roman repart aussitôt à Paris. Et s’attèle à son prochain film : Répulsion.LE COUTEAU DANS L'EAU ressortira en 1978 et continuera de séduire la critique : « observation clinique (…) le film est une critique acerbe et sensible de"l’embourgeoisement"en pays socialiste."(Albert Cervoni, L’humanité, 24/06/1078) et :
 
« Roman Polanski n’a besoin d’aucun recours à Freud pour décrire la névrose de cette humanité qui se réfugie derrière toutes les grimaces du « sur-moi » politique et social pour éviter de prendre conscience de l’essentiel de ses obsessions. Dans ce sens, Le Couteau dans l’eau est à la fois un brûlot anti-conformiste, et un film totalement prémonitoire. Il annonce une rupture de connivence entre les générations bien longtemps avant le mouvement « hippie » ou encore la tempête de mai 68. » (Henri Chapier, in Le Quotidien de Paris, 22/06/1978). LE COUTEAU DANS L'EAU ne serait-il pas aussi un film sur l’homme et sur l’Homme au sens général ? 
 

© DR -LE COUTEAU DANS L'EAU de Roman Polanski (1962) p6

02/10/2013 10:52 par tellurikwaves

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    02/10/2013 10:52 par tellurikwaves

Analyse par Alexandre Tylski, Université Toulouse II

 
« C'est avec son couteau qu'il coupait le pain dur (...) c'est avec son couteau qu'il grattait les fruits pourris (...) c'est avec son couteau qu'il se taillait des bâtons de voyage (...) c'est avec son couteau qu'il exerçait tous les arts de la vie. » (Anatole France, in Le Mannequin d'osier, OE., t. XI).
 
Les réactions face au COUTEAU DANS L'EAU
 
Avant même sa sortie en salles en Pologne, LE COUTEAU DANS L'EAU est unanimement incompris (exception faite de « Polityka »). La revue des jeunesses communistes, « Drapeau de la Jeunesse », publie un texte fort négatif à l’encontre du film : « Rien ne nous touche particulièrement.Le réalisateur n’a rien d’intéressant à nous dire sur l’homme contemporain" N’appréciant guère l’identité pour le moins libre et cosmopolite de Polanski dans une Pologne puritaine, un autre critique va plus loin et écrit : « Tout ce que Polanski possède en fait de diplôme de cinéma, c’est un permis de conduire international ! »
*
Au final, devant pareille contre-publicité, le groupe Kamera sort LE COUTEAU DANS L'EAU fort timidement, sans même de première. Polanski, dépité, quitte la Pologne. Pour cette raison-là, mais aussi pour bien d’autres encore, il ne tournera plus jamais de film en Pologne – jusqu’au Pianiste quelques quarante ans plus tard.
 
En France, LE COUTEAU DANS L'EAU (projeté avec Les Mammifères) est en revanche très apprécié, bien que mal distribué. François Weyergans : « Dans une lettre, Rilke fait la différence, à propos de Van Gogh et de Manet, entre le « jamais-peint » et le « pictural ». Le « pictural » au cinéma, ce serait précisément Polanski, c’est à dire cet effort vers une soumission à « l’achèvement dans le temps de l’objectivité photographique. »
(Cahiers du Cinéma, n. 144, juin 1963)
*
ou encore Jean de Baroncelli : « Comment une jeune femme découvre que son mari, sous des traits d’intellectuel arrogant, n’est qu’un sot et un fat, qui mérite d’être trompé : voilà en deux mots, ce que raconte le film. (…) décrit avec une sûreté et une délicatesse de toucher remarquables. Rien n’est appuyé (…) le réalisateur joue à merveille avec l’ironie. » (Le Monde, 26/04/1963).
 

© DR -LE COUTEAU DANS L'EAU de Roman Polanski (1962) p5

02/10/2013 10:44 par tellurikwaves

  • © DR -LE COUTEAU DANS L'EAU de Roman Polanski (1962) p5

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    02/10/2013 10:44 par tellurikwaves

 

 
1961. JFK entre dans ses fonctions aux Etats-Unis. Un chimpanzé est envoyé dans l’espace. Procès à Jérusalem du nazi Adolf Eichmann. Louri Alekseïevitch Gagarin devient le premier homme à se rendre dans l’espace, il a 27 ans. Invasion ratée dans la Baie des cochons à Cuba. Le mur de la honte est érigé en Allemagne. Décès de Dashiell Hammett et d’Ernest Hemingway.
 
A cette époque, dans la Pologne communiste, tous les films doivent recueillir l’approbation du ministère de la culture polonaise afin d’obtenir les subventions et la diffusion nécessaires à leur existence. Pour cela, le contenu des films doit revêtir avant toute chose un caractère engagé politiquement à gauche. Alors qu’il ne supporte plus l’oppression stalinienne et le  "réalisme social" (qu’il taxera d’ailleurs de « surréalisme social »), Roman Polanski doit réécrire son scénario, d’abord refusé par l’Etat, et apporter quelques touches d’engagement social et politique au script du Couteau dans l’eau. Il travaille aussi à la construction du récit et à la qualité des dialogues avec Jerzy Skolimowski, qui deviendra vite un cinéaste poète résistant dans l’histoire du cinéma polonais.
 
Le scénario est finalement accepté, Roman Polanski part en tournage avec plusieurs fidèles de l’école de cinéma de Lodz. Il choisit ses trois interprètes, notamment sur des critères physiques, un homme d’âge mûr (Leon Niemczyk), une jeune femme au physique attirant (Jolanta Umecka) et un jeune homme ténébreux (Zygmunt Malanowicz). Le tournage connaît bien des remous, en particulier à cause des lieux. « L’équipe s’établit dans le nord-est de la Pologne, dans les lacs de la Mazurie. Pour filmer le petit voilier, une plate-forme flottante est installée sur l’eau, accompagnée non loin d’un bateau destiné aux électriciens et de plusieurs autres bateaux pour le remorquage et le transport. 
 
C’est sans compter sur les caprices du soleil et du vent obligeant souvent l’équipe à refaire intégralement certaines scènes. » (Roman par Polanski, Ed. Livre de poche, 

© DR -LE COUTEAU DANS L'EAU de Roman Polanski (1962) p4

02/10/2013 07:12 par tellurikwaves

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    © DR -LE COUTEAU DANS L'EAU de Roman Polanski (1962) p4

    02/10/2013 07:12 par tellurikwaves

 

Cast
Leon Niemczyk : André
Jolanta Umecka : Christine
Zygmunt Malanowicz : l'étudiant
*
*
Nominations
Mostra de Venise 1962 : Lion d'or
Oscars 1964 : meilleur film en langue étrangère
BAFTA Awards 1964 : meilleur film
 
Distinctions/Récompense
Mostra de Venise 1962 : Prix FIPRESC