©-DR- PARCHED de Leena Yadav (2015) p24
01/04/2017 19:22 par tellurikwaves
CHRONIQUES DE CLIFFHANGER
La critique de Fabrice Sayag (5)
Lajjo subit quant à elle quotidiennement les violences de son mari qui la rend par ailleurs responsable du fait qu’ils n’arrivent pas à avoir d’enfant. La stérilité d’un homme étant non seulement tabou mais inconcevable, Lajjo est persuadée qu’elle est stérile ce qui la culpabilise et la pousse presque à excuser son mari. Le soir après avoir fait la cuisine, elle travaille pour un petit atelier de broderie, fabriquant des étoffes qui sont revendues ensuite en ville. C’est le seul moment où elle peut trouver un espace de liberté pour s’accomplir en dehors de ce rôle d’épouse asservie.
Comme Rani avec une autre écriture, une autre mise en scène, ce personnage n’aurait pu n’être que douleur, qu’un archétype destiné à illustrer le propos engagé de son film. Or, comme Rani, Lajjo est lumineuse, son sourire irradie l’écran et leur amitié est extrêmement touchante. Ces deux femmes privées de douceur et de tendresse s’apportent du réconfort, ne s’apitoient pas sur leur sort et illuminent le film par leur courage et ce qui paraît au départ impensable, par leur joie de vivre.
CHRONIQUES DE CLIFFHANGER
La critique de Fabrice Sayag (4)
On déteste Gulab tout en comprenant qu’il ne fait que reproduire les comportements de ses aînés et qu’il serait immédiatement rejeté par ses camarades et son village s’il allait à l’encontre de la tradition, refusait ce mariage ou s’en accommodait pour traiter Janika autrement que comme une servante à laquelle il déni le droit de disposer librement de son corps.
Leena Yadav prouve ainsi que sur un sujet aussi grave, on peut prendre clairement position et défendre sans ambiguïté les victimes, ne jamais excuser les auteurs de ces violences, tout en essayant de comprendre les raisons profondes de ces drames.
Elle dresse en même temps un terrifiant constat, Gulab comme ses camarades étant encore plus radicalisé que ses aînés, craignant que les femmes puissent être perverties par l’influence grandissante d’autres cultures auxquelles elles ont accès grâce aux livres, à la télévision et à internet.
Tannishtha Chatterjee : Rani
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CHRONIQUES DE CLIFFHANGER
La critique de Fabrice Sayag (3)
Leeana Yadav a choisi de localiser son récit dans une région de l’Inde où la dot doit en effet être payée par la famille du marié contrairement à ce qui est l’usage dans le reste du pays. Cette dot est parfois un motif d’extorsion et de meurtre, plusieurs milliers de femmes mourant chaque année, tuées par des maris qui essaient d’obtenir plus d’argent de leur belle famille. Le fait que le paiement de la dot soit à la charge du marié, s’il évite peut être de tels drames, n’améliore pas pour autant le sort de ces femmes et renforce même le sentiment de propriété du mari sur une épouse qu’il a achetée et qui doit quelque part « mériter » l’argent dépensé.
Janika n’a le droit à aucun égard de son jeune mari, elle n’est qu’une marchandise livrée en pâture à un adolescent immature et violent qui suggérera d’ailleurs à sa mère de demander le remboursement de la dot. Si La saison des femmes est le manifeste d’une réalisatrice profondément engagée dans la lutte contre les violences faites aux femmes, il s’interroge aussi sur le sort de ces garçons qui grandissent dans une société patriarcale où la misogynie est la norme, où les femmes sont considérées comme des objets sexuels et où la violence n’est pas seulement tolérée mais encouragée, un homme ne gagnant le respect qu’en affichant sa force et sa virilité...(putain...la connerie ! mais la CONNERIE !)
Mahesh Balraj : Manoj, le mari violent de Lajjo
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CHRONIQUES DE CLIFFHANGER
La critique de Fabrice Sayag(2)
La saison des femmes, 3ème film de Leeana Yadav (Shabd en 2005, Teen Patti en 2010) réussit ce même petit miracle, en étant à la fois un film politiquement très engagé et un « feel good movie » qui ne se laisse pas écraser par son sujet, porté par une mise en scène rythmée et très inspirée offrant de vrais beaux moments de cinéma. Les personnages du film sont le fruit des rencontres faites par la réalisatrice lors de son voyage dans cette région du nord ouest de l’Inde.
Elle dresse un état des lieux de la condition des femmes en Inde, à travers 4 femmes, on pourrait même dire 4 archétypes, qui sont chacune dans des situations très difficiles et représentatives du sort réservé aux femmes indiennes à différentes étapes de leur vie. Le personnage de Rani (Tannishta Chaterjee) est au coeur du récit, faisant le lien entre les trois autres femmes: ses amies Lajjo (Radhika Apte) et Bijli (Surveen Chawla) et sa belle fille Janika (Lehar Khan). Mariée à 14 ans puis devenue veuve à 16 ans, Rani s’est exclusivement consacrée à l’éducation de son fils.
Vêtue entièrement de noir, elle est condamnée à porter indéfiniment le deuil d’un mari violent et à ne jamais pouvoir trouver l’amour. Elle est même obligée d’hypothéquer sa maison pour payer la dot de Janika et permettre à son fils, Gulab (Riddhi Sen), de se marier.