©-DR- JULIETTE OU LA CLEF DES SONGES de Marcel Carné (1951) p6

07/02/2017 15:05 par tellurikwaves

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    07/02/2017 15:05 par tellurikwaves

2 - JENNY ET FEYDER


Q
Nous en arrivons à Jenny. Vos mémoires servent de contradictions à tout ce qui a été écrit concernant la genèse du film, parce que la plupart des sources disent que vous l'avez réalisé mais que c'était avant tout vraiment le projet de Feyder qui avait tout préparé...
M.C
Absolument pas ! Il n'y a qu'une chose ou deux. On m'a demandé, le producteur, que Feyder soit superviseur. J'ai dit : « Oui, j'aime beaucoup Feyder, c'est un grand honneur pour moi mais c'est mon premier film. S'il est supervisé par Feyder, si le film est bon on dira c'est Feyder, si il est mauvais on dira que c'est Carné donc je veux courir ma chance. » Mais sans me prévenir, le producteur a signé un contrat avec Feyder pour que sans rien dire il vienne voir sur le plateau et il est venu deux fois. Et Feyder ne m'a rien dit. Mais de vous à moi, il avait quelques difficultés d'argent donc ça l'arrangeait.

Une fois je tournais à la sortie de la Comédie Française. J'avais en tout et pour tout dans le cadre deux colonnes et une porte dans le fond, Feyder a mis son oeil au viseur et a dit : « Ah oui, ça fait de l'effet, c'est bien » et il est parti en emmenant Françoise Rosay dîner. Et puis une autre fois, il a demandé à voir la projection et il en est sorti vraiment très mécontent en me disant : « Rosay a l'air de Raimu déguisée en femme ! »

Alors le producteur était furieux et a dit : « Si vous venez démoraliser mon metteur en scène je n'ai plus besoin de vous », et il n'est jamais revenu. Et alors vous allez voir la malveillance des gens, on a dit que le film était bien mais c'était du Feyder. Or Feyder ne pouvait pas sentir l'esprit de Prévert. Il en parlait péjorativement. D'autre part je peux vous assurer que Feyder ne connaissait pas les endroits où j'ai tourné Jenny, le canal de l'Ourq tout ça, il n'y est jamais allé.
Q
Mais il était jusqu'à un certain point votre mentor ?
M.C
Oui, je crois qu'il m'a communiqué sa passion pour faire jouer les acteurs, pour leur tirer le maximum. C'est la seule influence que je reconnaisse. Ça s'explique pas. Faut que je vous explique tout de suite que je suis le contraire d'un théoricien, je tourne les scènes comme je les ai au bout des doigts, je les sens je peux pas expliquer pourquoi. Pourquoi là y a un travelling ? pourquoi là un panoramique ? ça s'explique pas.

Je travaille uniquement par intuition, par instinct. Alors évidemment au bout de ces années j'ai acquis du métier mais dès le début, j'ai fait les scènes comme je les sentais. J'aurais pas pu les faire autrement. C'est pour ça qu'on dit que j'étais impossible à travailler car quand je demandais l'appareil là, c'était pas l'appareil dans le fond !

©-DR- JULIETTE OU LA CLEF DES SONGES de Marcel Carné (1951) p5

07/02/2017 06:07 par tellurikwaves

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    07/02/2017 06:07 par tellurikwaves

Edouard Delmont & Gérard Philipe

*

*

Marcel Carné
La seule copie de ce film est restée chez moi dans des placards peut-être 30 ans, et puis un jour, par Roland Lesaffre, je rencontre le directeur de la revue l'Avant-Scène qui me dit qu'il a un club qui s'appelle "le Club des Invisibles" qui projette des films tous les dimanches matins. Donc j'accepte, mais j'avais un peu peur, et j'étais plus ému le matin de la présentation que si c'était un film nouveau ! J'avais oublié le film et j'avais peur que ce soit très vieux, que ça déçoivent les gens, et il y a eu un enthousiasme extraordinaire que je n'ai pas compris.
A tel point qu'à la sortie Pierre Prévert m'a dit :«Mais t'as refait le montage ? Car tu étais drôlement en avance." Finalement l'Avant-Scène m'a dit qu'ils pourraient exploiter ce film. Alors ils ont été très moches, en ce sens que sans rien me dire ils ont commencé à le passer dans des ciné-clubs et toujours sans rien me dire, ils l'ont sonorisé eux-même. Et brutalement je me suis trouvé devant le film avec des airs que je n'aime pas du tout. Dieu sait si je connais les javas,l'accordéon... Ça aurait pu être bien pire mais ça aurait pu être bien meilleur...
Q
Le dernier plan, celui de l'accordéoniste, me paraît être la clef du film...c'était un véritable aveugle ou c'était un acteur ?
M.C
Non, c'était un acteur, plutôt un camarade...
Q
Et pourquoi terminer le film avec cet accordéoniste ?
M.C
C'était pour terminer sur une note nostalgique, c'est la fin d'une journée, le lendemain on va voir... déjà dans le train on va penser... au travail du lendemain, c'est fini. Vous comprenez ?
Q
Mais lui probablement reste à Nogent, non ?
M.C
Oui mais ça n'a pas d'importance qu'il soit de Paris ou de... D'ailleurs dans mon idée ce n'est pas véritablement un aveugle, c'est un vrai garçon qui a la vue très faible et met des lunettes noires.

©-DR- JULIETTE OU LA CLEF DES SONGES de Marcel Carné (1951) p4

07/02/2017 05:54 par tellurikwaves

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L'ENTRETIEN
1 - NOGENT, LES EXPRESSIONNISTES ET LES IMPRESSIONISTES

Marcel Carné
...Mais à propos de Nogent, vous savez pourquoi j'ai fait ce film ? C'est parce que je voulais... J'étais critique, et un jour j'étais fatigué, exaspéré de gagner ma vie du travail des autres. Et je me suis demandé si j'étais capable de faire quelque chose dans le cinéma. Il n'y avait pas d'autres solutions alors que d'acheter un petit appareil pas très cher. Le tout m'a coûté 9 000 francs. Et j'avais pensé quand j'étais un peu plus jeune que c'était vraiment un spectacle très curieux et très beau.

Ces centaines de milliers de gens qui quittaient Paris le dimanche qui s'en allaient dans les banlieues, danser dans les guinguettes au bord de l'eau, faire de la nage, de l'aviron et j'ai pensé à faire ça. Et ce n'est que beaucoup plus tard que j'ai réalisé que finalement j'avais subi l'influence des Impressionnistes et de Monet, de Renoir, de Sisley !! Et finalement les guinguettes de Nogent c'est un peu l'équivalent de la Grenouillère de Maupassant laquelle a été peinte par plusieurs impressionnistes. Mais ce n'est que beaucoup plus tard que je me suis rendu compte de ça.

Question :
Mais la structure même du film, c'est une variante sur  « Berlin, symphonie d'une grande ville » de Walter Ruttmann non ? c'est un peu l'inverse où l'on quitte la ville et on montre les gens durant la journée ?
*
M.C
Ça je n'ai pas du tout été influencé par Ruttmann. Si je l'avais été, ça aurait été plutôt par Rien que les Heures de Cavalcanti... Alors, je l'ai d'abord fait pour moi pour savoir si j'étais capable de faire quelque chose. Je l'ai fait de A jusqu'à Z puisque j'ai imaginé l'histoire, j'ai pris moi-même le cadre, j'ai fait moi- même le montage et puis un jour il me l'a été demandé par des gens qui tenaient le Studio des Ursulines, qui était l'une des rares salles d'art et essai, c'était la plus connue, ils avaient ouvert avec La Rue sans joie.
*
Et à ma grande stupéfaction, ils l'ont diffusé avec un film américain qui s'appelait La Rafle de Josef von Sternberg avec George Bancroft. Et le film a eu une presse extraordinaire. Il y a même Alexandre Arnoux qui dans les Nouvelles Littéraires a écrit « Ou je me trompe ou nous tenons un homme de grande classe. » Le film a très bien marché et René Clair l'a vu et il m'a engagé comme 2°assistant dans Sous les toits de Paris.

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07/02/2017 05:37 par tellurikwaves

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DVD Classik

INTRODUCTION
Par Philippe Morrison - le 23 octobre 2012


Edward Turk est professeur de Littérature française et de cinéma au célèbre MIT (Massachusetts Institute of Technology) de Cambridge, Massachusetts.Le livre qu'il a consacré à Marcel Carné (Child of Paradise, Marcel Carné and the Golden Age of French Cinema) a été publié en 1989 à la Harvard University Press avant d'être traduit en 2002 chez L'Harmattan (Marcel Carné et l'âge d'or du cinéma français 1929-1945).

L'ouvrage américain a reçu un prix de la Theatre Library Association en 1990, et la version française a gagné en 2003 le Prix du Syndicat de la Critique du cinéma pour le meilleur livre étranger. Notons que cette traduction, sauf pour un seul chapitre sur "Carné et la Nouvelle vague", s'arrête dans la carrière de Carné en 1945 et donc censure d'une manière regrettable toute la deuxième partie de l'original, de 1946 à la fin, c'est-à-dire des Portes de la nuit à La Merveilleuse visite, renforçant l'impression désastreuse que les films de Carné après la guerre sont de peu de valeur.

Il est donc révélateur que cela soit à un universitaire américain que l'on doit la première et la seule étude sérieuse sur toute la carrière de Marcel Carné, à croire qu'en France il n'intéresse personne. Les extraits de l'interview que vous allez pouvoir lire et entendre (MP3) sont inédits et exclusifs. Edward Turk m'a très aimablement autorisé à les reproduire sur ce site. Cette interview fut la première d'une longue série qui dura une bonne partie des années 80.

Lors de l'un de ses voyages à Paris, Edward Turk se souvient avoir été invité par Roland Lesaffre à un déjeuner avec Carné et Arletty (qu'il avait déjà interviewée) et avoir été fasciné par l'amitié et la joie qui les unissaient. En 1981, il invita le cinéaste à venir à Boston, où se trouvent les archives de Marcel Carné à la French Library, pour présenter le film Thérèse Raquin et débattre avec les étudiants.

Au début de l'année 1980, Les deux hommes ne se sont jamais rencontrés auparavant et l'interview qui débute durant un dîner dans un restaurant de la rive gauche à Paris se poursuivra dans un taxi puis dans l'appartement de Carné et durera près de trois heures. C'est un document inestimable car c'est la possibilité d'entendre Carné parler plus librement de sa carrière, jusqu'à aller à se confier lors de rares moments comme celui où il parle de l'influence de la mort de sa mère (lorsqu'il avait cinq ans) sur sa sensibilité, sûrement le moment le plus émouvant de cette interview.

Edward Turk terminera son livre sur Carné par ces mots : "Les films de Carné corroborent la vision baudelairienne selon laquelle chagrin et mélancolie sont les composantes fondamentales de l'art. Ils confirment que les sentiments de perte, d'exil et d'impuissance peuvent engendrer des oeuvres d'une beauté profonde".

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06/02/2017 09:55 par tellurikwaves

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©-DR- JULIETTE OU LA CLEF DES SONGES de Marcel Carné (1951)

05/02/2017 09:22 par tellurikwaves

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    05/02/2017 09:22 par tellurikwaves

Juliette ou la Clef des songes

est un film français de Marcel Carné sorti en 1951.

 

Résumé

Michel (Gérard Philipe) a volé dans la caisse du grand magasin où il travaille. Il a besoin de l'argent pour réaliser son projet : faire un voyage avec Juliette (Suzanne Cloutier), dont il est très amoureux. Mais il se retrouve en prison. Ses rêves l'emmènent dans un village provençal dont personne ne sait le nom et où personne ne se souvient de rien. Il ne tarde pas à y retrouver Juliette, qui elle, est courtisée par un châtelain mystérieux et inquiétant qui s'avèrera être Barbe-Bleue (Jean-Roger Caussimon). Juliette s'apprête à épouser le châtelain lorsque la sonnerie de la prison retentit, tirant Michel de ses rêves.
*
Une fois éveillé, Michel apprend que la plainte déposée contre lui a été annulée par son patron, Monsieur Bellanger, qui a les traits du châtelain/Barbe-Bleue. Il apprend aussi que c'est Juliette qui a insisté pour que Michel soit libéré et que cette même Juliette s'apprête à donner sa main à Monsieur Bellanger.Désespéré, Michel décide de retourner dans le pays de l'oubli dont le réveil l'avait sorti.
 
 
*

Fiche technique

Cast

Réception par la critique

Salué à sa sortie pour sa beauté formelle (décors, photographie), le film est néanmoins considéré comme distant, glacé ou artificiel par de nombreux critiques. Dans Les Cahiers du cinéma ( 3, juin 1951), Frédéric Laclos, avance que , malgré ses défauts, s'inscrit dans la ligne des autres films de Carné et souligne .  3, juin 1951), Frédéric Laclos, avance que , malgré ses défauts, s'inscrit dans la ligne des autres films de Carné et souligne .

Claude Mauriac, dans Le Figaro littéraire (26 mai 1951) se dégoûte presque des anciens films de Carné : « L'insupportable prétention des Portes de la nuit et davantage encore de Juliette ou la clé des songes désenchante rétrospectivement ces œuvres que nous avions tant aimées, le Quai des brumes, Hôtel du Nord, Le jour se lève, les Enfants du paradis ».

Georges Charensol, dans Les Nouvelles littéraires (29 mai 1951) établit une parenté avec les films de Cocteau.

 Dans Le Monde (12 mai 1951), Henry Magnan parle tout de même d'une « œuvre de classe tout à fait exceptionnelle, d'une beauté formelle que justifie la nature du thème choisi, d'une poésie aussi pure et aussi vraie que l'était celle des Visiteurs du soir, du même Carné, d'une efficacité, enfin qui a tôt fait de décourager les rires des spectateurs que déconcerte au départ un brusque passage du réel à l'imaginaire. »

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03/02/2017 05:38 par tellurikwaves

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